CinéDVDvision n°2 - oct.2003



À L'AFFICHE «JE RESTE !»


Sophie Marceau   Si loin, si proche.


Sophie Marceau est de retour dans «Je reste!» un film de Diane Kurys. L'occasion était trop belle d'interroger la belle sur le film, la carrière, la vie et diverses autres choses essentielles ou dérisoires.

Elle est passée par ici, elle repassera par là. Sophie Marceau tourne un peu en Europe («Par-delà les nuages», Antonioni 1995), beaucoup dans le cinéma anglo-saxon («Le monde ne suffit pas» Michael Apted 1999), passionnément en France (Pialat, Zulawski, Corneau, Tavernier) et vit sa vie à la folie. Elle écrit, elle réalise, elle fait star de magazine, cible de paparazzi, au point qu'on ne sait plus toujours où elle est. Aussi quand on la voit à l'affiche d'un film, on n'est pas fâché de la rencontrer. Ce mois-ci, elle compose un personnage de femme au foyer bafouée par un mari volage et carriériste (Vincent Perez) qui cherche à donner un peu de piquant à sa vie dans une liaison avec un scénariste (Charles Berling). Ce film c'est «Je reste !», une fantaisie de Diane Kurys.

Diane Kurys est-elle venue vous chercher ou l'avez-vous sollicitée ?
C'est le souhait d'Alain Terzian le producteur, de Florence Quentin qui a écrit le scénario et de Dominique Besnehard (l'agent) de réunir des gens. C'est une démarche un peu différente de ce qui se pratique habituellement où un réalisateur vient avec son scénario. Pour ce film, nous sommes partis de l'histoire pour constituer une équipe de mise en scène et d'acteurs.

Vous aviez travaillé avec Véra Belmont en 1997 dans «Marquise». Le fait de jouer de nouveau sous la direction d'une femme a-t-il influencé votre choix?
L'expérience de tourner avec une femme est très intéressante. Elles ont des qualités de vie, de vérités, d'instants. Elles sont un peu bordéliques, mais bon...! Elles ont une générosité, un amour spontané, un sens de la vie. Diane Kurys a des qualités humaines en plus de ses qualités professionnelles, très agréables dans le travail. En fait, c'est ma première expérience avec une femme vraiment à la mise en scène.

Est-elle précise dans sa direction d'acteurs ou laisse-t-elle des marges de liberté?Charles Berling, Sophie Marceau et Vincent Perez réunis dans une comédie de Diane Kurys.
C'est une femme amoureuse. Amoureuse de ses acteurs et de la vie. C'est aussi une femme fidèle de l'histoire qu'elle raconte et de ses personnages. Pour moi un metteur en scène n'est pas quelqu'un qui vous dirige ou qui vous explique le pourquoi de la vie ou je ne sais quoi. Les acteurs sont dans l'émotion. On souffre quand il n'y a pas un contact humain. Si le metteur en scène est capable de comprendre, d'entendre ou de voir ce qui se produit chez ses acteurs, alors c'est formidable. Diane a ces trois choses: l'oreille, le regard et le cœur.

Pour ce film, Diane Kurys a fait des lectures entre les comédiens et de nombreuses répétitions. Comment appréhendez-vous ces moments ? Vous êtes dans une économie de jeu avec vos partenaires?
Non, je ne calcule rien. Les répétitions sont une mécanique qui me permettent de préparer mon terrain de jeu. Ce sont des plans séquence où il faut se trouver quelque chose à faire. C'est très mécanique le cinéma. Chaque acteur a ses méthodes. Cela demande de la rigueur mais surtout une faculté de concentration. Comment vous expliquer? Voilà, prenons un exemple. Nous sommes tous ensemble et mon téléphone portable sonne. C'est mon amoureux qui m'appelle. Je lui réponds, mais je suis gênée. Je ne peux pas lui parler, non pas que je veuille lui dire des choses absolument torrides, mais je suis face à des gens. Que faut-il faire? S'isoler complètement pour que je puisse parler à la personne au téléphone? Le cinéma, c'est un peu ça. Il y a du monde, du bruit, et puis soudain le réalisateur dit: «Action» et il faut parler au téléphone.

«L'expérience de tourner avec une femme est très intéressante. Elle ont des qualités de vie, de vérités, d'instants.»Trois ans, c'est long avant de vous retrouver sur les écrans. La dernière fois, c'était pour «Belphégor» en 2000. Pourquoi cette absence?
Cela fait trois ans ? Je ne m'en rends pas compte. Entre-temps, j'ai tourné un film de Rob Reiner, «Alex and Emma» qui sortira bientôt en France. Et puis, il s'est passé beaucoup de choses dans ma vie. J'ai réalisé un film, j'ai eu un enfant et j'ai déménagé.

En tant que réalisatrice quels sont vos projets? Avez-vous des envies d'associations scénaristiques?
J'écris toute seule, comme je fais beaucoup de choses toute seule. Et après si je vois que l'avis de quelqu'un, l'aide, la réflexion peut améliorer le travail, me faire réfléchir plus loin, je le fais. Mais, jusqu'à présent, je n'ai jamais travaillé avec qui que ce soit dans une collaboration d'écriture. «Zosia Zamosa», comme disent les Polonais. «Zosia», c'est moi, «la petite Sophie» et «Zamosa» qui fait tout toute seule». Quant au projet, j'en ai un, il est en cours d'écriture et il faut que je pense à un autre qui arrive tout de suite après.

Seriez-vous prête à jouer dans le premier film d'un inconnu?Le mari, la femme et l'amant: le retour du trio infernal, version Florence Quentin !
Oui. Et d'ailleurs, en octobre, je tournerai dans les Landes le premier film de Laure Duthilleul qui n'avait fait jusqu'à présent que des mises en scène de théâtre.

Comment s'est passée votre rencontre?
Sur le scénario, il y avait une petite note pour le CNC, précisant qu'une autre actrice devait jouer le rôle. Et puis un malentendu m'a permis de le lire la première. C'est l'histoire d'une femme, mère de famille qui vient de perdre son mari alors que leur couple est en crise et envisage le divorce. Un moment mal appropri‚ pour mourir. Alors toutes les choses pas résolues dans le couple n'ont soudain plus de raison d'être. Ça n'est pas mélodramatique même si on parle de la mort. C'est très fin, très bien écrit un peu comme une nouvelle de Maupassant.

Votre présence dans les distributions américaines, c'est une deuxième carrière ou un autre travail?
C'est la même carrière. Ce sont des films qu'on m'a offerts et que j'ai aimé faire. De «Braveheart» à «Anna Karenine» en passant par «Firelight» ce sont des personnages qui ont compté dans ma vie d'actrice et de femme aussi. Mon activité, c'est d'essayer de brasser le maximum de choses. C'est d'arriver à prendre ce qui vous nourrit, ce qui est dans la lignée de vos choix, de vos curiosités. Le cinéma m'a ouvert des portes extraordinaires pour voyager, pour parler d'autres langues, pour comprendre d'autres endroits. J'apparais peut-être lointaine, mais je suis aussi très proche. J'ai une vie très simple. Je vis à Paris, je vais faire mes courses, je rencontre plein de gens toute la journée, je conduis mon fils à l'école.

Un scénariste (Charles Berling) qui se sert de son aventure amoureuse pour écrire une histoire...Certains critiques ont mis longtemps avant de vous reconnaître comme actrice. Comme s'ils vous reprochaient votre médiatisation. C'est par revanche ou par défense que vous êtes si peu présente dans les magazines de cinéma et plus dans les magazines féminins?
Je ne sais pas. Il y a plus de revues féminines que de revues sur le cinéma et les gens s'intéressent plus à la mode qu'au cinéma peut-être? (elle rit). Honnêtement, je trouve que j'ai eu une bonne presse et je n'ai pas le souvenir d'un article vraiment méchant sur mon travail. Genre:«Et Marceau comme d'habitude catastrophique, ou mauvaise ou nulle à chier», voyez ce genre de réflexion ? Après sur ma vie, ils font ce qu'ils veulent... Je ne refuse pas les interviews. J'en fais avec ceux qui ont envie d'en faire avec moi. Je ne suis pas chieuse. En revanche, je suis plus circonspecte avec la télé. Mon métier: c'est le cinéma pas la télé. Si on vous voit à la télé pourquoi chercherait-on à vous voir au cinéma?

Durant votre carrière avez-vous beaucoup contrôlé la représentation de votre beauté à l'écran?Sophie Marceau dans un emploi de femme d'intérieur, prête pour l'emancipation.
Non, je n'ai pas d'exigence. Les gens me prennent et font de moi ce qu'ils veulent. Ils peuvent m'enlaidir s'ils en ont envie. Mais jusqu'à présent ils n'en ont pas eu envie. Si cela sert un propos qui est très bien, pourquoi pas. Moi je préfère jouer Quasimodo que Esmeralda. Mais ils préféreront toujours quelqu'un d'autre pour jouer Quasimodo. En même temps, quand on est acteur, il faut savoir qui on est. On peut endosser des rôles très différents, on peut lutter et faire des choix contraires à soi, mais ce qu'on est apporte beaucoup dans les personnages que l'on incarne. Une personnalité est tellement complexe, il y a tant de choses dans une personnalité, on passe par toutes les couleurs... Et le propre des acteurs c'est de faire exister tous les autres qu'on a en soi.

Vous êtes-vous posée la question du vieillissement à l'écran?
Vous voulez voir ? — (Elle fait une grimace). Vous me voyez vieillir depuis vingt-cinq ans. Les gens ont vu que j'ai maigri, que j'ai pris des rides, et ils l'acceptent puisque moi je l'accepte. Et puis quoi que je fasse je ne peux pas retenir le temps, et un jour je serai une très vieille dame. On vieillit, les images, elles, ne vieillissent pas. Mais c'est vrai que j'y ai pensé et je me suis même vue un jour à 65 ans. J'ai croisé une personne dans un aéroport et je me suis dit, c'est moi. Et c'était bien. Elle m'a plu cette femme.

Certains des films auxquels vous avez participé ont été récompensés. Vous n'avez reçu qu'un César en 82. Cet oubli de la profession vous blesse?
C'est comme les impôts. Ça me blesse le jour où je dois faire le chèque. Le jour où j'apprends que je ne suis pas nominée, je me dis tiens encore une fois et en même temps je m'y attends... Après, on oublie. Pour moi les César c'est un show télévisé cela n'a pas plus de réalité pour moi.

Sophie Marceau, vous partez ou vous restez?
Je pars (sourire).... (Elle part déjeuner).

Propos recueillis par Stéphane Charbit
Photos: DR



ZONE CRITIQUE CINÉ

Je reste! ***
SORTIE EN SALLES LE 1ER OCTOBRE

Réal: Diane Kurys / Scénario: Florence Quentin / Avec: Sophie Marceau, Vincent Perez, Charles Berling.

À deux encablures de la comédie de boulevard le nouveau Diane Kurys manque de verve satirique.
On ne peut empêcher le spectateur de faire son travail: fantasmer sur un film annoncé. C'est même ça qui déclenche souvent cette fameuse envie qui fait rêver distributeurs et exploitants. De ce point de vue, le ticket Florence Quentin (scénariste de Chatilliez et réalisatrice de «J'ai faim») Diane Kurys pour une comédie satirique sur le couple était riche de promesses. D'autant que Sophie Marceau y joue le rôle principal, ce dont personne ne se plaindra. Le résultat est pourtant assez tiède. On est plus dans la comédie bourgeoise classique que dans la rosserie existentielle et encore moins dans la guerre conjuguale. Certes, la vision des mâles est assez réjouissante avec un Vincent Perez agité du bocal et monomaniaque du vélo et un Charles Berling veule et manipulateur. Mais l'entente finale des deux lascars, l'un pour récupérer sa femme («Je reste !»), l'autre pour suppléer à une inspiration déficiente, reste un peu un exercice de style par trop consensuel. Alors bien sûr, chers amis du fan club il y a Sophie Marceau...

D.P



Je reste ! (2003).
Réalisateur:Diane Kurys.
Scénario: Florence Quentin.
Photo: Robert Alazraki.
Musique: Paolo Buonvino.
Avec : Sophie Marceau, Vincent Perez, Charles Berling.
Durée: 1h42.