Cosmopolitan France oct.2003

Le mythe Marceau

SON DERNIER FILM S'APPELLE «JE RESTE». BIENTÔT 23 ANS QUE SOPHIE MARCEAU EST UNE DE NOS COMÉDIENNES LES PLUS POPULAIRES. NORMAL, DÈS QU'ON A COMPRIS QU'ELLE ÉTAIT PLUS QU'UNE SIMPLE ACTRICE: UNE VRAIE PERSONNALITÉ ET UN SACRÉ CARACTÈRE. 

Par Christophe Salmon

«Tout m'est arrivé trop tôt.» Effectivement, avec 4,5 millions d'entrées pour son premier film, « la Boum », et un César du meilleur espoir féminin à 16 ans, Sophie Marceau se retrouve à gérer un statut auquel rien ne l'avait préparée. Elle s'empresse de se débarrasser de son image d'adolescente au profit de rôles plus matures de femmes amoureuses, voire passionnées. La passion, elle la découvre à 17 ans avec celui qui deviendra son mari, le réalisateur polonais Andrzej Zulawski. En dix-sept ans de vie commune, ils feront un enfant et quatre films ensemble.
Entre-temps, d'autres réalisateurs la repèrent. Corneau l'engage aux côtés de Depardieu dans «Fort Saganne», Lautner dans «Joyeuses Pâques». En 1985, Pialat lui offre son rôle le plus difficile dans «Police». Sophie alterne désormais les genres. Certains connaissent de beaux succès, à l'instar de «l'Étudiante» ou de «Fanfan». D'autres sont des échecs, notamment les films de son mari. Sophie se tourne vers le théâtre: «Eurydice» en 1994 (qui lui vaut un Molière), puis «Pygmalion». La même année, elle réalise un court métrage; l'occasion de déclarer: «Les hommes sont dans la lumière et les femmes dans l'ombre. Mais les choses changent...» Sophie aussi. Sa carrière s'essouffle un peu. Les réalisateurs hésitent désormais à choisir cette jeune femme impulsive et, pour tout dire, incontrôlable.

À l'ouest, le renouveau
En 1995, Mel Gibson lui permet de rebondir en lui offrant un rôle dans son film «Braveheart» (simplement parce qu' «elle était jolie, française et bonne actrice»). Tout est dit. Le film remporte cinq Oscars. C'est le début pour Marceau d'une carrière internationale que poursuivent «Firelight» et «Anna Karénine», puis «Le monde ne suffit pas», en 1999. Son talent est reconnu partout dans le monde, ce qui ne calme en rien son besoin viscéral de s'exprimer. Aussi se fait-elle toujours aussi critique, affirme que «le cinéma américain constitue une menace pour le cinéma français» et trouve regrettable que «les soi-disant pseudo-auteurs n'aient pas de meilleures idées pour les films français».

La «petite fiancée des Français»
Elle n'hésite pas plus à critiquer son travail: «La réalité, c'est que les scénarios sont souvent meilleurs que les films. D'où la déception et la colère quand le résultat est carrément honteux.» Ni celui des autres, quitte à torpiller «Marquise» de Véra Belmont quelques jours avant sa sortie. Sophie Marceau fascine pourtant toujours autant. Par son authenticité, son émotivité qu'elle reconnaît volontiers. Une femme instinctive, prompte à se jeter corps et âme dans l'existence, en maman désormais doublement épanouie et femme sensible à la souffrance des autres. Une fille qui mène sa vie à l'image des personnages de son roman, «Menteuse», paru en 1997: «Des femmes plus grandes que la vie, qui veulent arranger le monde à leur idée, qui se battent pour faire quelque chose de leur existence.» Comme dans «Je reste» de Diane Kurys où, las d'un mari volage et affairé, le personnage de Sophie se laisse tenter par Antoine, écrivain fou d'art et de cinéma. Une actrice, enfin, qui, avec «Belphégor» (le onzième de ses films à avoir dépassé le million d'entrées), a prouvé le lien qui l'unit au public. Une histoire d'amour pour la comédienne récemment faite officier des Arts et Lettres, hommage à «la femme conquérante et l'actrice ambitieuse, incarnation de la liberté et la révolte aux yeux du public». Une femme française, donc.