Madame Figaro n°996 du 02.10.2003

Sophie Marceau parlez-lui d'amour

Sophie Marceau, c'est d'abord une histoire d'amour avec les Français. Plus de vingt ans après «la Boum» sa fraîcheur et sa ferveur enflamment l'écran. Dans «Je reste», de Diane Kurys, on la retrouve dans le tourbillon d'une passion amoureuse entre mari et amant.

On a tous en nous quelque chose de Sophie Marceau. Quelque chose de cette jeunesse affranchie trop vite, de ce désarroi des premiers pas. Elle avait treize ans et sortait en «Boum» devant toute la France. Sophie Maupu avait changé de nom, mais les garçons campaient toujours devant sa porte à Gentilly. C'était le temps où les jeunes stars étaient rares. C'était le temps d'il y a plus de vingt ans. Aujourd'hui, «la» Marceau incarne Marie-Do, grande sœur casée deVic, dans «Je reste». Une comédie enlevée, signée de deux femmes — Florence Quentin au scénario et Diane Kurys à la caméra —, où l'actrice irradie l'écran. Elle y incarne la femme d'un arriviste acharné qui s'est mis au vélo pour faire plaisir à son patron. Il dépasse d'ailleurs toutes les espérances de son p-dg et pédale tous les week-ends à travers la France, avec Marceau dans la voiture-balai. Ce fayot des mille bornes, c'est Vincent Perez, en costume moulé et casque aéré. Un jour, lassée de tous ces lacets, Sophie se laisse tenter par le charmeur Charles Berling et plante là son époux. Sauf que le cycliste refuse de quitter le domicile conjugal et joue les prolongations. C'est «collant» contre «charmeur». Avec Marceau qui papillonne. Ça lui va bien. Dans la vie, on l'imagine un peu popote aussi. «Je fais le ménage tout le temps. Non-stop. Je suis du genre maniaque: si je vois une poubelle avec un Kleenex dedans, je hurle. Je cuisine aussi. Surtout le week-end, avec mes enfants. Je mets la table, je débarrasse, je fais la vaisselle — mais je déteste ça, la vaisselle.» Normal, une liane aux yeux verts, ce n'est pas fait pour faire la vaisselle. Elle s'est assise sur le canapé en parlant d'autre chose, pour faire diversion. Elle a besoin de bouger au fur et a mesure qu'elle se confie, de s'allonger, de se redresser, de bouger les bras, les mains, les yeux... Elle porte un jean et un pull large sur un tee-shirt. Une panoplie de «basics» à la Gap. Elle se dit «honnête, volontaire, attentionnée aux autres» et combat sa «lâcheté», ses «entêtements» et son «manque de confiance en soi...» Si, si. Elle se décrit volontiers avec ces lignes de carte postale sur les Sophie qu'elle a lues l'autre jour et qu'elle cite de mémoire, impeccable: «Les Sophie sont douées de justice et de charité. Elles sont dotées d'une énergie inépuisable et ont un caractère difficile à vivre, mais leurs colères sont brèves.» Un tempérament très français, somme toute. Qu'elle a su préserver. C'est sans doute pour cela qu'elle tient une place à part dans le cœur du public national. Celle d'un premier amour. Elle s'est battue pour rester Sophie Marceau. À dix-huit ans, elle a racheté son contrat avec la Gaumont. Un million de francs le prix de sa liberté. Elle l'a donné‚e à Andrzej Zulawski, qui en a fait «l'Amour braque». Et puis trois autres films en dix-sept ans de passion. Sophie vivait en Pologne, près de Varsovie. On l'appelait Sophie Zulawska, elle parlait le polonais et préparait des gâteaux au fromage pour Vincent, huit ans maintenant. Sophie passait d'«Anna Karenine» (1996) à James Bond «Le monde ne suffit pas» (1999). Le grand écart. «J'ai toujours vécu entre deux cultures. La polonaise et l'américaine maintenant. ¯ Cette fois, elle a gardé Paris comme «base» pour recommencer une nouvelle vie avec sa petite fille de seize mois, Juliette, au minois qui l'épate, elle la brunette. «Elle est blonde aux yeux bleus, c'est quand même extraordinaire!» Avec le papa, le producteur Jim Lemley, toujours entre Hollywood et Londres, ils se retrouvent toutes les deux ou trois semaines. En octobre, Sophie tournera encore sous les yeux d'une femme, dans le premier film de l'actrice Laure Dutilleul. Il y a cinq mois, elle a arrêté de fumer — «sans patch, sans rien» — et sent déjà «une nette différence sur ma peau. Bon, j'ai pris trois kilos aussi». On ne sait pas très bien où elle les cache, mais elle en est ravie. «Soyez rondes. Ne fumez pas.» Elle lance ça comme un slogan. «J'ai arrêté souvent — j'ai commencé très tôt, là aussi. Une fois, j'ai même arrêté six ans mais je savais toujours que j'allais reprendre. Là, je me dis que ce serait trop bête. Je fumais des cigarettes longues et fines. Je n'aime pas le tabac, mais j'aime fumer.» Les rides, si si, elle en a. «Quand je parle, tout bouge.» La preuve? Elle fait des mimiques et des grimaces illico. Décontractée. Et pourtant, ses rides, elle les observe de très près. «Est-ce que vous réalisez que pour moi le microscope, c'est l'écran de cinéma qui fait dix mètres sur quinze. La petite ride que vous voyez le matin dans le miroir, elle fait deux mètres cinquante...» Elle se souvient d'une voyante, rencontrée il y a dix ou quinze ans, qui lui avait parlé de ses vies antérieures. «Elle m'avait raconté que j'avais traversé le désert et rencontré mon étoile là-bas.» Elle pense que «les choses ont une signification, que rien n'est un hasard» et fait «attention aux signes» autour d'elle.
«Ça m'aide.» Horoscopes, tarots, elle maîtrise aussi. Elle a ce côté bravache des enfants, cette tendance au «même pas mal». L'an dernier, elle a raconté la fin de sa période polonaise dans «Parlez-moi d'amour», son premier film de réalisatrice. Elle écrit le second, il lui « faut du temps», elle sait qu'elle va trop vite. «Je suis toujours trop rapide. Au cinéma, je joue trop vite aussi.» C'est son style. Son élan. «Je ne sais pas de quoi doivent être faites les carrières... Je fais mon petit bonhomme de chemin, comme on dit. Un acteur est un film à lui tout seul. On filme sur lui la vie qui passe. Il vous raconte déjà plein de choses comme ça...»

par Valery Bailly