Version Femina
du 28.09.2003
Sophie Marceau
La comédie lui va si bien
Plus belle que jamais, l'actrice revient, après quatre ans d'absence, dans
"Je reste!". Entretien avec une femme épanouie, qui ne triche pas.
On vous retrouve pétillante. Heureuse d'avoir joué dans ce film ?
Depuis «la Fille de D'Artagnan», je souhaitais tourner une autre comédie. Il en existe peu, et c'est si difficile de traiter un sujet avec humour tout en gardant une certaine élégance. Cette histoire de couple aurait pu être racontée de façon dramatique, car le mari est un odieux bonhomme que sa femme décide de quitter. Mais finalement, Florence Quentin, la scénariste [«La vie est un long fleuve tranquille»], traite tout cela avec drôlerie et finesse, en évitant la caricature.
Marie-Do, que vous incarnez, mène le jeu...
Dans un couple, c'est la femme qui laisse les choses se faire ou pas. Marie-Do est une épouse fidèle, une bonne mère, qui a besoin de remettre les choses en question, alors que Bertrand, son mari, la considère comme un meuble. Elle décide alors de lui faire passer un test. En fait, elle a envie qu'il lui dise: «Je t'aime.» S'il réussit, cela signifie qu'il redeviendra tel qu'au début de leur mariage, et elle le gardera. Sinon, il devra partir. Les femmes ont cette force...
Une actrice, une scénariste, une réalisatrice... ce film fait la part belle aux femmes!
Oui, mais je pense que les hommes vont aussi l'aimer. Réaliser un film demande des qualités masculines: je le sais pour l'avoir vécu avec «Parlez-moi d 'amour», l'an dernier. Il faut de l'autorité, un esprit de synthèse. Je pense que notre féminité s'exprime dans nos relations avec les hommes, la façon dont nous les aimons et les protégeons.
Avez-vous été tentée d'intervenir dans la mise en scène de Diane Kurys?
Je ne peux pas faire deux choses à la fois, ni usurper la place de quelqu'un. Maintenant,je sais ce que signifie réaliser un film. Bien sûr, on a des réflexes, mais j'ai préféré me laisser guider et entrer dans l'univers de Diane. C'est une femme amoureuse de la vie, avec une énergie étonnante. Sur un plateau, elle assume tout et encadre bien les acteurs. Et puis, elle est très fidèle au scénario et aux caractères des personnages, même si elle pique des éléments à chacun pour les injecter dans son film. Je sais qu'elle m'apris des choses pour Marie-Do!
[Rires.]
C'est difficile de trouver le rythme ?
J'aime beaucoup les comédies, même si c'est parfois fatigant à tourner et si ça exige beaucoup d'énergie. C'est le côté physique du métier. Il faut aussi savoir éviter d'en faire trop, choisir le ton juste.
On sent une grande complicité entre Vincent Perez, dix ans après «Fanfan», Charles Berling et vous...
Notre trio a parfaitement fonctionné, et le tournage s'est déroulé dans une ambiance amicale, sans heurts... Je ne connaissais pas Charles, qui vient plutôt du monde du théâtre, mais ça a collé tout de suite. Quant à Vincent, on s'est retrouvés comme si c'était hier. Il avait le rôle le plus difficile: rendre sympathique son personnage, un goujat, au départ. Et puis, il avait lui aussi fait son premier film en tant que metteur en scène [«Peau d'ange»].
Vous affichez une jolie maturité. «Je reste !» marque-t-il un tournant dans votre carrière ?
Je ne pense pas en ces termes. C'est vrai qu'il y a longtemps que je n'avais pas fait de film en tant qu'actrice, quatre ans depuis
Belphégor. J'ai été très contente de tourner cette comédie qui nous ressemble et apporte une réflexion positive sur la vie de couple. Il est important d'être tolérant et de se battre pour les siens alors que l'on vit dans une société qui consomme et qui jette.
Dans quel état d'esprit êtes-vous aujourd'hui ?
Je suis assez sereine, même si je crains de ne plus progresser. C'est terrible, je me remets toujours en question. Travailler, écrire... j'ai envie d'aboutir. Et j'essaie aussi de me faire un peu plus confiance. C'est un grand effort pour moi!
[Rires.]
Vous avez pourtant un beau parcours...
Je ne regarde jamais les choses de cette façon. J'ai réalisé un film, mais ce sera peut-être le seul. Que ce soit sur le plan privé ou professionnel, je ne vis pas dans l'acquis. Il me faut de l'action, sinon j'ai l'impression de perdre du temps, de ne rien avoir accompli.
Vous êtes très exigeante avec vous-même!
Oui, et c'est parfois un peu emmerdant à vivre, parce que l'on ne savoure pas les moments où l'on peut être satisfaite.
Demain, ce sera quoi: un troisième enfant, un deuxième film, un deuxième livre ?
Troisième enfant, je ne sais pas. [Rires.] Je suis plutôt dans le cycle deux, maintenant: deuxième film, deuxième livre... Je travaille, j'écris, c'est une discipline. En deux ans, ma vie a pas mal bougé: un long métrage, un bébé... Cet automne, je vais tourner dans le premier film d'une actrice, Laure Dutilheul. Et puis, début décembre, «Alex et Emma», de Rob Reiner [«Quand Harry rencontre Sally»], devrait sortir. C'est une autre comédie, plus farfelue... J'ai été très heureuse de rencontrer ce metteur en scène et de travailler avec lui. Depuis deux ans, j'ai la chance d'enchaîner des expériences heureuses !
Propos recueillis par Anne Michelet
LE FILM
«Je reste !» de Diane Kurys
Une vraie tête à claques; un rôle qui lui va comme un gant: Vincent Perez joue un mari goujat, fondu de vélo, qui délaisse sa femme et son fils pour pédaler tous les dimanches. De quoi finir par lasser une Sophie Marceau plus lumineuse que jamais et la jeter dans les bras d'un Charles Berling aussi charmant qu'imprévisible. Une nouvelle comédie de Diane Kurys, qui parle de la vie de couple, de l'amour, des hommes et des femmes. Extrêmement rythmée et réjouissante. Sortie le 1er octobre 2003.