Vital n°270 oct. 2003
SOPHIE MARCEAU:
"On peut tout me reprocher, sauf un manque de sincérité."
Parce que le public l'a très tôt adoptée, elle ne sera jamais une actrice comme les autres. Elle voulait êtré sous les projecteurs, sans jamais se laisser éblouir. A 37 ans, Sophie incarne cette jolie plante qui a poussé en même temps que nous, et capable de faire rêver aussi avec la réalité.
Par Marie Adami Photos Christian Kettiger /H & K
Un palace capitonné de bonnes manières à quelques foulées de l'avenue... Marceau. Rendez-vous est pris au fond de la galerie, à droite. Ponctuelle, cette longue brune légère vous accueille, sourire timide et poignée de main franche. Ne comptez pas sur elle pour vous tutoyer d'emblée, elle est trop bien élevée pour ça. Et puis doucement, elle commence à s'intéresser à la grossesse de la journaliste qui lui fait face. Elle devient conviviale comme un scout. D'ailleurs, son visage respire le grand air. À la voir ainsi, sympathique, prévenante, tout bêtement humaine, on en oublierait presque le plus flagrant: Sophie Marceau est très belle. Aucun fard sous la frange effilée, juste une bonne mine ensoleillée et une tenue simplissime petite robe noire, nu-pieds et montre Chanel. Tellement mince qu'on se demande si elle a vraiment été un jour cette créature pulpeuse qui arpentait les trottoirs de «l'Amour braque». Sophie s'en fout. De ça, de la façon dont le métier la voit parfois. Du mythe Marceau aussi. On en est encore à spéculer en douce sur son poids, ses vingt ans de carrière, quand elle commande avec gourmandise un second cappuccino. Décidément, on est loin de Marie-Do, la bourgeoise à foulard Hermès coincée et soumise qu'elle incarne dans «Je reste!», le dernier film de Diane Kurys.
Vital: au fond, Marie-Do n'a rien à voir avec vous?
Sophie Marceau: méfiez-vous de moi, je peux être tout et son contraire ! (rires) Une rebelle qui envoie subitement tout valser, mais aussi une femme patiente et soumise. Après tout, quand on aime... Et puis, des Marie-Do, on en connaît tous au moins une. Une femme qui prépare des sandwichs au rosbif à son petit mari, pendant que lui collectionne les aventures
(rires).
À l'inverse du couple de «Fanfan», celui que vous formez avec Vincent Pérez dans ce film ne fait pas rêver une seconde...
C'est mystérieux un couple ! J'en connais beaucoup qui semblent n'avoir plus rien à se dire. Mais, au fond, on ne sait rien de leur vécu, leur passé, de ce qui a cimenté leur relation. On ne peut pas comprendre. Les histoires d'amour sont passionnantes, elles cachent toutes un secret...
Vous cherchiez à tourner une vraie comédie au moment où vous avez reçu ce scénario?
A priori, un acteur est ouvert à toute proposition. Mais inconsciemment, votre histoire personnelle vous destine plus spécialement à un drame ou une comédie. Depuis longtemps, j'avais envie de tourner une comédie. Mais il existe très peu de scénarios drôles, avec un humour pas trop tarte à la crème et un vrai rôle de femme. Aujourd'hui, tellement de films voient le jour, mais combien racontent une bonne histoire?
Quand je lis qu'un film se résume à quatre mecs qui doivent ramener une voiture à Marseille, je me demande pourquoi des producteurs misent sur un projet pareil ! Il n'est pas question de tourner seulement des chefs-d'œuvre, mais au moins de mettre en scène de vraies histoires.
"CE MÉTIER M'A FABRIQUÉE, COMPLÈTEMENT.
MAIS EN MÊME TEMPS, JOUER ME CORRESPOND TELLEMENT
QUE JE PENSE QUE J'ATTENDAIS ÇA,TRÈS PROFONDÉMENT."
Une fois de plus, vous voilà dirigée par un metteur en scène chevronné. Le jeune cinéma français ne vous tente toujours pas ?
Je ne peux pas dire ça. Le cinéma a changé de visage ces dernières années. Aujourd'hui, on peut enfin parler d'un "jeune cinéma français". Kassovitz, Rochant, Ozon... J'aime bien Ozon, il est bizarre. Mais bon, j'ai envie de m'intéresser à ceux qui s'intéressent à moi, avec un projet concret.
Avoir réalisé votre propre film («Parlez-moi d'amour», sorti en 2002) a changé votre façon d'évoluer sur un tournage?
J'apprécie davantage la tranquillité de l'acteur! Une tranquillité toute relative, quand même... Il ne faut pas nier le travail de l'acteur. Sur le tournage de «Parlez-moi d'amour», j'étais d'ailleurs très à l'écoute de mes comédiens. Un acteur, tout comme un enfant, est insupportable s'il ne se sent pas aimé.
Ce manque d'amour de l'acteur, est-ce que vous en souffrez également?
Non. En réalité, je n'ai pas besoin d'être autant aimée. Finalement, quand je me compare à la plupart de mes confrères, je ne me sens pas très comédienne sur le plan humain, psychologique. Je ne demande jamais rien d'extravagant aux productions, je m'adapte sans problème, j'ai un côté très souple, un peu boy-scout.
Avez-vous trouvé aux États-Unis ce que l'on ne vous donnait pas en France?
Je n'ai pas démarré une carrière là-bas parce que j'étais mécontente des propositions que l'on me faisait ici! Je voulais simplement élargir mon champ d'action. Les choses se font doucement... à un rythme lent qui est le mien de toute façon. Je refuse pas mal de choses, pour des raisons familiales par exemple. Laisser ma fille plus d'un mois, c'est hors de question. Je ne suis pas une ambitieuse forcenée. Un film n'est qu'un film. S'il demande trop de sacrifices personnels, je laisse tomber. Et, finalement, plus on refuse de projets, plus on est demandé...
À l'approche de la quarantaine, vous avez l'impression de trouver de meilleurs rôles?
En tout cas, je reçois beaucoup plus de propositions qu'à 25 ans. Les réalisateurs de mon âge pensent à la vieille Marceau, qui les a fait rêver dans «la Boum» quand ils avaient 15 ans... Vous riez, mais c'est vraiment comme ça que ça se passe!
Vous imaginez ce qu'aurait pu être votre vie si vous n'aviez pas crois‚ le directeur de casting de «la Boum»?
Je n'ai pas la moindre idée de ce que j'aurais pu devenir sans cette rencontre... À 13 ans, je voulais travailler, mais je n'avais aucun objectif précis. Ce métier m'a fabriquée, complètement. Mais en même temps, jouer me correspond tellement que je pense que j'attendais ça, très profondément.
Quel regard portez-vous sur les jeunes qui débutent aujourd'hui?
Je les plains, car je sais combien c'est difficile. En particulier pour les stars créées en peu de temps par la télévision. Moi, je n'ai pas passé de casting devant 25 millions de personnes chaque semaine! Six mois plus tard, ces mômes sont fébriles, cassés, malheureux. Ce système vous tue aussi vite qu'il vous forme. C'est terrible! En ce qui me concerne, j'ai eu la chance que ça dure. Après «la Boum», Francis Huster m'a dit un jour:
"Des filles comme toi, il y en a des millions. Si tu veux réussir, il faut t'instruire, te
cultiver."C'est dur à entendre, mais tellement vrai.
Vous n'avez pas l'impression d'être aussi incomprise par vos pairs qu'aimée par le public?
Je n'ai pas envie de jouer les victimes, sur l'air: "Le peuple m'aime et les professionnels sont contre
moi." C'est un peu trop facile! D'autant que les gens du métier que je croise sont toujours très gentils avec moi. Pendant le Festival de Cannes, en 2000, j'ai servi de
punching ball à une salle gonflée à bloc. Cette expérience a été très douloureuse, j'ai traîné ça pendant des années. Mais je peux comprendre qu'on soit dérouté par mon attitude. Je n'ai pas toujours été simple à gérer, j'ai parfois dit des choses très dures. Et puis, contrairement à certains acteurs qui font un vrai travail de relationnel, moi, je n'appelle jamais personne pour formuler des louanges. Les signaux que j'envoie sont souvent agressifs: "Je suis contre !", "J'aime pas !", "Untel m'emmerde! "... Mais au fond, on peut tout me reprocher, sauf le manque de sincérité. Je ne triche jamais.
Votre corps est devenu un monument national. Même les chanteurs lui rendent hommage...
Attendez, il ne faut pas exagérer! Je vous jure que toute nue, je n'ai rien d'extraordinaire. "Les seins de Sophie Marceau ", c'était surtout un moyen pour le parolier de Julien Clerc de faire une bonne rime...
itinéraire d'une enfant gâtée
1980 : la Boum. La révélation d'une gamine de banlieue.
1982 : la Boum 2.
1984 : Fort Saganne, Joyeuses Pâques et
l'Amour braque. La rencontre avec Zulawski, qui signe son passage du cinéma populaire au cinéma d'auteur.
1985 : Police. La confrontation avec Pialat.
1986 : Descente aux enfers.
1987 : Chouans!
1988 : Mes nuits sont plus belles que vos jours,
l'Étudiante.
1989 : Pacific Palissades. Une prise de contact (tiède) avec Hollywood.
1990 : Pour Sacha, la Note bleue.
1992 : Fanfan.
1994 : la Fille de d'Artagnan.
1995 : Par-delà les nuages, Braveheart, l'Aube à l'envers (réalisation.) La reconnaissance internationale et le passage derrière la caméra pour un premier court-métrage.
1997 : Anna Karénine, Marquise.
1998 : Firellght.
1999 : le Monde ne suffit pas.
2000 : la Fidélité.
2001 : Belphégor et Parlez-moi d'amour (réalisation). L'écriture et la mise en scène d'un premier long-métrage très personnel, salu‚ par la critique.
2003 : Je reste!
belle oui, comme Sophie
À quel moment vous sentez-vous particulièrement belle?
Ce n'est pas très original, mais je me sens belle dans le regard des autres. Et quand je sens que je plais à mon homme, je me sens particulièrement belle...
Et moins belle ?
Quand je démarre un tournage, c'est terrible! J'ai l'air fatigué, des cernes jusqu'aux joues et pas mal de boutons. Je dois somatiser.
Le remède des jours sans?
Une bonne douche froide pour remettre les idées en place et donner un coup de fouet.
Le maquillage: un peu, beaucoup ou pas du tout?
Je me maquille le soir seulement, pour faire ma coquette: rouge à lèvres, mascara, blush. Dans la journée, je ne porte rien sur ma crème de jour. Juste un peu d'anticernes et de poudre en hiver, si j'ai une sale tête.
Que trouve-t-on dans votre salle de bains?
Je ne suis absolument pas fidèle aux produits de beauté. Je change tout le temps... J'ai vingt-cinq pots de crèmes différentes, avec une prédilection pour les produits à base d'agrumes, qui fouettent le visage.
Une recette de beaut‚ de votre mère?
Le seul secret de beauté de maman, c'est la crème Nivea...
Le sport, indispensable à votre équilibre?
Je suis quelqu'un de très tonique, j'ai besoin de bouger. Mon sport à moi, c'est la marche, le vélo ou des étirements à la maison, abdos, fessiers... Mais sans aucun instrument, et surtout pas de gym en salle. J'aimerais bien me trouver un sport, un vrai... De la danse qui bouge bien, par exemple.
Un endroit où vous vous sentez bien?
L'eau. J'adore l'eau. Piscine, mer, rivière... peu importe.
Plutôt junk food ou produits bio?
Je mange de tout, en petite quantité. Je ne cours pas les marchés bio et je ne vais pas dans les fast-food parce que je n'aime pas ce qu'on y sert. Et puis, je n'achète pas de plats tout faits. Ma mère a toujours cuisiné des produits frais, je fais comme elle.
Une spécialité culinaire à déclarer?
Non, j'ai horreur de passer des heures aux fourneaux. Cela dit, si je reçois, je mets un point d'honneur à cuisiner, en piochant au hasard une recette dans le livre de cuisine.
Une méthode de régime?
Quand je me sens trop ronde, je mange moins et je bouge plus. Tout simplement... Remarquez, une femme devrait toujours demander l'avis de son homme avant d'entamer un régime. Moi, j'aurais tendance à m'aimer plutôt filiforme. Mais quand je maigris trop, mon mec finit toujours par me dire: "Tu devrais prendre deux ou trois kilos." Et finalement, il a raison.
La chirurgie esthétique, une tentation?
Comment affirmer que je ne me laisserai pas tenter par une petite opération à 50 ans? Avant, je ne suis pas contre la chirurgie, pour quelqu'un qui a un gros nez, vécu comme une source de complexes par exemple. Quand tout va bien, je ne comprends pas... Il faut demander l'avis des autres. Le regard qu'on porte sur soi-même est rarement le bon.
Finalement, qu'est-ce qui est vital pour vous?
Écrire. Une journée sans écrire et je suis malheureuse. Mais ce qui est surtout vital, c'est de pouvoir profiter de mes enfants. Si je n'ai pas passé un peu de temps avec eux chaque jour, j'ai vraiment l'impression d'avoir manqué quelque chose...