Télé 2 semaines n°34 du 16 avril 2005

Sophie Marceau
Le grand retour d’une star sincère

Deux ans sans nouvelles de Sophie... Et la voilà qui s’expose en femme fatale sur les affiches d’Anthony Zimmer, le thriller de Jérôme Salle. Où était-elle ? Que faisait-elle ? Elle préférait tout simplement jouer le rôle principal de sa vie celui de mère. La brune resplendissante a pris le temps de faire un deuxième enfant avec l’homme qui partage sa vie depuis quelques années, Jim Lemley, qu’elle qualifie de « prince charmant, copain, ami et amant ». Ce producteur américain travaille pour Icon Pictures, la société de production de Mel Gibson, et c’est lors du tournage de Braveheart en 1995 qu’ils se rencontrent pour la première fois. Ils se recroisent deux ans plus tard sur le plateau du film Anna Karenine. Aujourd’hui, elle est heureuse en amour et la mère comblée de Vincent et Juliette, âgés de 9 et 2 ans. « Mes enfants sont les plus beaux cadeaux de ma vie, mes plus belles surprises », avoue-t-elle tout simplement. Et pour profiter de sa famille, son cocon, elle n’a pas hésité à disparaître des sunlights ces deux dernières années. Une longue absence qui aurait été fatale à bon nombre de comédiennes...
Mais Sophie Marceau, quoi qu’elle fasse, tient une place à part dans le cœur des Français. Depuis vingt-cinq ans (eh oui !), elle figure systématiquement dans le haut du classement annuel des personnalités préférées de nos compatriotes. Une popularité jamais démentie, malgré des choix de films discutables et quelques flops. Comment celle que l’on surnommait affectueusement la « môme Marceau » est-elle restée la petite fiancée des Français ? Cette montagne d’affection, elle l’a construite sous nos yeux, dès ses 14 ans, quand Claude Pinoteau a fait d’elle l’héroïne de La Boum. Si elle a connu très tôt la célébrité, Sophie Maupu (son vrai nom) n’était pas destinée aux paillettes. Elle qui a grandi seule ou presque, entre un père routier et une mère gérante de brasserie, n’a jamais oublié ses origines prolétaires. Etsi les émois adolescents de la jeune Vic (en duo amoureux avec Alexandre Sterling dans La Boum puis avec Pierre Cosso dans La Boum 2) séduisent le public, la comédienne garde la tête froide, reste chez ses parents et, à défaut d’agent, conserve son nom dans l’annuaire. Auréolée de ce jeune succès, elle s’abandonne un temps à la chanson, mais sans plus.
Sa rencontre, à 18 ans, avec Andrzej Zulawski, est décisive. Le torturé réalisateur polonais de 44 ans partagera sa vie dix-sept années durant, lui donnant un fils, Vincent, et, surtout, la mettant en scène quatre fois (L’Amour braque, Mes nuits sont plus belles que vos jours, La Note bleue, La Fidélité), révélant définitivement ses talents d’interprète dans des rôles adultes. « Il m’a libérée », expliquera-t-elle. Lorsqu’elle décide de passer derrière la caméra en 2002 — elle n’est alors plus avec Zulawski —, c’est pour Parlez-moi d’amour, son premier long métrage. Et c’est cette histoire féconde et exigeante avec son Pygmalion qu’elle choisit d’évoquer à travers Judith Godrèche et Niels Arestrup. Des premiers pas réussis. Sophie Marceau a toujours fait le choix de s’éloigner du star-system facile, tout en attirant les flashs des photographes et multipliant malgré elle les couvertures des magazines. Si ses contemporaines (Valérie Kaprisky, Charlotte Valandrey, Laure Marsac) jouent les gloires éphémères, Sophie tourne avec les plus grands, Pialat (Police) ou Antonioni (Par-delà les nuages), et casse volontiers son image. En 1995, « la Marceau » attire l’attention de Hollywood. Mel Gibson la réclame pour incarner Isabelle de France dans Braveheart. Le public américain tombe sous le charme. Quelques mois après, elle décroche un rôle de James Bond Girl au côté de Pierce Brosnan dans Le monde ne suffit pas. Elle y joue pour la première fois une méchante, Elektra King. Si sa réussite internationale flatte les Français, ils l’aiment surtout parce qu’ils l’ont vue grandir au cinéma. Et peut-être aussi parce qu’elle n’incarne en rien la froide réussite de la comédienne modèle. Son naturel et sa « grande gueule », sans cesse loués, lui ont pourtant joué bien des tours.
Après avoir vécu avec Andrzej Zulawski, elle partage aujourd’hui la vie de Jim Lemley.À l’encontre du politiquement correct, elle n’hésite pas à fustiger dans la presse le comportement de Gérard Depardieu sur le tournage de Police ou à descendre en flammes Marquise, le film de Véra Belmont dans lequel elle tient le premier rôle. En 1999, son discours incohérent au festival de Cannes lui vaut un déluge de quolibets dans les médias. Néanmoins, pour le public, même quand elle trébuche, elle n’en est que plus humaine, voire touchante. Son engagement indéfectible en faveur des enfants malades — notamment auprès de l’association Arc-en-ciel — et des animaux accentue ce trait. Cette image indélébile semble en faire à jamais l’ambassadrice de charme du cinéma français. Même si, ces dernières années, sa carrière est des plus flottante. Après une poignée de flops ou de demi-succès —À ce soir, Alex & Emma, Je reste ! —, elle s’est récemment fait souffler le rôle de la novice en cryptologie du Da Vinci Code de Ron Howard par la jeune Audrey Tautou. Qu’importe, à l’approche de la quarantaine, Sophie pourrait bien rebondir en femme vénéneuse et irrésistible dans Anthony Zimmer (sortie le 27 avril 2005), le premier film de Jérôme Salle. S’il est d’un genre nouveau pour elle, le rôle de Chiara, l’héroïne de ce thriller, lui sied à merveille, à la fois énigmatique et à fleur de peau, émotive et manipulatrice. Et c’est aussi sans complexe qu’elle joue de son charme toujours intact, à voir le premier plan du film sur ses longues jambes ! Encore un pied de nez. Elle n’est jamais là où on l’attend. Les choix cinématographiques de Sophie sont déstabilisants pour certains, chevauchant d’un genre à l’autre, entre la comédie romantique et le cinéma d’auteur. Allergique à l’esprit de famille du cinéma français, elle revendique un individualisme farouche. Elle aurait tort de s’en priver. Après tout, Sophie Marceau jouit, en France, d’un statut aussi paradoxal qu’idéal, à la fois personnage populaire et humain, et icône glamour internationale. Un passeport pour l’imprévisible, heureusement. 
GILLES DUHEM


BIO EXPRESS

- NAISSANCE
Sophie Maupu naît le 17 novembre 1966 à Paris. Elle passe son enfance dans la capitale.
- DÉBUTS
À 13 ans, décidée à gagner de l’argent de poche, la collégienne répond à l’annonce d’une agence de casting. On lui propose de faire un bout d’essai devant Claude Pinoteau, qui lui donne le rôle principal de La Boum. Sa carrière est lancée.
- CARRIÈRE
En 1983, son rôle dans La Boum2 au côté de Claude Brasseur, son père à l’écran, lui vaut le césar du meilleur espoir féminin.César du meilleur espoir féminin pour La Boum 2, Sophie Marceau côtoie rapidement les pointures du cinéma français, de Gérard Depardieu (Fort Saganne,
Police) à Jean-Paul Belmondo (Joyeuses Pâques). Puis c’est la rencontre avec Andrzej Zulawski, qui la dirige dans quatre films. Après avoir retrouvé Claude Pinoteau (L’Étudiante) et tâté des planches (Molière de la révélation théâtrale pour Eurydice en 1991), elle embrasse une carrière internationale avec Braveheart de Mel Gibson, puis Le monde ne suffit pas, en James Bond Girl au côté de Pierce Brosnan. En 2002, elle réalise son premier long métrage, Parlez-moi d’amour.
- VIE PRIVÉE
Elle fut la compagne d’Andrzej Zulawski dont elle a un fils, Vincent (9 ans). Partage aujourd’hui la vie du producteur américain Jim Lemley. Ils ont une fille, Juliette (2 ans).

Elle incarne une femme prête à tout pour protéger celui qu’elle aime, escroc traqué par toutes les polices du monde.
Filmographie sélective
2005. Anthony Zimmer de Jérôme Salle.
2002. Parlez-moi d’amour, avec J. Godrèche. Première réalisation. 
1999. Le monde ne suffit pas, de Michael Apted, avec Pierce Brosnan.
1995. Par-delà les nuages, de M. Antonioni et Wim Wenders, Braveheart, de Mel Gibson. 
1994. La Fille de d’Artagnan, de Bertrand Tavernier, avec P. Noiret 
1993. Fanfan, d’Alexandre Jardin. 
1991. Pour Sacha, d’Alexandre Arcady. 
1989. Mes nuits sont plus belles que vos jours, d’Andrzej Zulawski 
1988. L’Étudiante, de Claude Pinoteau. Chouans!, de Philippe de Broca, avec L. Wilson.
1985. Police, de Maurice Pialat, avec G. Depardieu. L’Amour braque, d’Andrzej Zulawski.
1984. Fort Saganne, d’Alain Corneau.
1982. La Boum 2, de Claude Pinoteau. 
1980. La Boum, de Claude Pinoteau.