Télé 7 Jours n°2344 du 30.04.2005

Sophie Marceau
“Je préfère être séduite”

Pour les Français, elle reste une icône, craquante, sexy et glamour.. Dans Anthony Zimmer, son nouveau film avec Yvan Attal, elle incarne une manipulatrice énigmatique. Rencontre avec une comédienne qui n’a qu’un regret: ne pas jouer dans l’adaptation cinéma de Da Vinci Code.

«J'ai imaginé Chiara non comme une manipulatrice mais comme une femme qui aime son métier et tombe amoureuse de celui qu'elle doit piéger.» Pour la première fois, vous jouez une femme fatale. Un rôle difficile?
J’avoue que c’est un personnage assez éloigné de ce que je suis dans la vie. Je ne suis pas aussi à l’aise que Chiara avec ma sensualité. Même si, avec les années, j’apprends à accepter ma féminité, je n’arrive pas à en jouer. Ce n’est pas vraiment ma nature. Chiara, elle, se sert de sa séduction comme d’une arme. C’est en cela que ce rôle m’excitait. J’ai vraiment joué la sophistication. La jupe, le déhanché, les talons hauts. C’était amusant car je n’ai vraiment pas l’habitude d’être tirée à quatre épingles. J’ai plutôt été élevée comme un garçon manqué. Je n’ai jamais joué à me «déguiser en dame», comme je le fais aujourd’hui avec ma fille. D’ailleurs, mon père qui m’a surtout connue en jean m’a vue en jupe, pour la première fois, il y a quelques semaines. Ça a été un choc...

Face à un homme qui vous plaît, quelle séductrice êtes-vous ? 
Comme tout le monde, je vais sortir tous mes atouts pour tenter de le charmer mais je n’ai pas beaucoup d’assurance. Je préfère de loin être séduite que séduire. Souvent, je laisse l’Autre comprendre que je ne suis pas indifférente, sans pour autant montrer que je suis vraiment intéressée... Je joue souvent les cow-boys.

On a l’impression que vous commencez seulement à prendre conscience de votre pouvoir de séduction...
Chiara (Sophie) a choisi un homme par hasard. Elle l'a séduit, puis l'a piégé... François (Yvan Attal) tombera sous le chame de cette mystérieuse femme fatale.
Cela fait déjà un moment que j’ai constaté que je ne laissais pas les gens indifférents, et heureusement d’ailleurs dans mon métier... Mais je ne me sens pas «femme-femme», je mûris lentement. Quand je vais chercher mes enfants à l’école (Vincent, 10 ans et Juliette, 3 ans), je trouve les autres mamans vachement… adultes ! Pourtant, je suis une maman responsable, j’ai eu beaucoup d’expériences, l’impression d’avoir plein de vies, j’ai commencé très jeune... Mais malgré ça, je ne me sens pas tout à fait adulte. En ai-je vraiment envie ? Je ne crois pas. Je dois certainement avoir des choses à régler avec moi-même mais, à mes yeux, les adultes ont quelque chose de fermé, de fini, Moi, j’ai envie de vieillir en continuant de m’interroger tout le temps. Pour poursuivre mon évolution intérieure jusqu’à la fin de mes jours.

Au Festival de Cannes 2004 Vous n’avez pas peur de vieillir ?
J’aime m’imaginer vieille. L’arthrose, la peau des bras qui pend, les rides, tout ça ne m’inquiète pas. Pour moi, l’important, c’est de vieillir intelligemment. Être une belle grand-mère épanouie, heureuse, remplie de sagesse. Tout se lit sur un visage. Si on a laissé des choses de côté, si on est plein d’aigreur, ça se voit. On a les rides de son cœur.

Sophie lors de la montée des marches, à Cannes en 2004. On dit que votre métier est plus difficile pour les femmes que pour les hommes car, à partir d’un certain âge, les rôles féminins sont tris rares...
C’est vrai. Mais une carrière est très personnelle. Nathalie Baye, par exemple, n’a jamais autant tourné qu’aujourd’hui.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’actrices ?
Il y a beaucoup de jeunes femmes talentueuses, elles sont mêmes de plus en plus nombreuses. Beaucoup y laissent leur peau. D’autres, en revanche, rencontrent un succès fulgurant. Tout est une question de personnalité, de chance aussi. C’est un vrai parcours du combattant. Je leur souhaite bien du courage.

Vous avez dû vous incliner face à Audrey Tautou pour un rôle dans l’adaptation au cinéma du best-seller Da Vinci Code. Comment l’avez-vous vécu ?
Ça m’a flanqué un coup de déprime, parce que le livre m’avait emballée, et je brûlais de jouer avec Tom Hanks. Mais je me suis fait une raison: je trouve finalement que le choix d’une actrice plus jeune, aux airs ingénus, correspond mieux à l’histoire du livre. Audrey forme un binôme crédible avec Tom Hanks. Prendre une femme de ma génération impliquait forcément une relation ambiguë, de couple, qui n’était pas dans le scénario... Mais rassurez-vous, je m’en remettrai.
Interview Audrey Mouge