ELLE n°2014 du 13.08.1984
SOPHIE MARCEAU:
“JE VEUX QU’ON ME BOUSCULE”
APRES AVOIR TOURNE AVEC BELMONDO ELLE VA ENFIN ETRE FILMEE PAR SON IDOLE, LE PYGMALION ANDRZEJ ZULAWSKI..
Tandis qu’on règle les dernières cascades en hélicoptère de Jean-Paul Belmondo, Sophie Marceau prend ses premiers moments de répit sur le tournage de «Joyeuses Pâques», le film que Lautner a tiré de la pièce à succès de Jean Poiret. Cet été, toute l’équipe a vécu dans le Midi et dans la bonne humeur. «Belmondo est absolument charmant, et c’est toujours un très grand comédien, quoi qu’en disent les mauvaises langues. Quant à Lautner, il est adorable». «Joyeuses Pâques» ? C’est l’histoire d’un monsieur qui drague tous les jupons qui passent, dès que sa femme (Marie Laforêt) a tourné le dos. Quand elle le surprend avec Sophie Marceau, il est obligé d’inventer une histoire abracadabrante de fille naturelle... une comédie alerte, en somme, dont le tournage s’est achevé le 16 juillet. Et le 13 août, Sophie passera à tout autre chose: Andrzej Zulawski (le metteur en scène de «La Femme publique» actuellement à l’affiche) l’a choisie pour être la jeune fille entretenue de son prochain film, «L’Amour braque», librement adapté de «L’idiot» de Dostoïevski par le réalisateur lui-même, et Etienne Roda-Gil pour les dialogues. «Sophie Marceau ? Elle existe pour de vrai, dit Zulawski. Elle résiste. Elle a un visage d’enfant mais, quand elle ne sourit pas, un pli presque amer sur ses lèvres. Elle a un reste de gaucherie mal dégrossie et, aux essais, elle est vibrante». Andrzej Zulawski est enthousiasmé par la future vedette de son nouveau film, comme il l’est encore quand il parle de Valérie Kaprisky, d’Adjani ou de Romy Schneider. «Je ne suis pas si dur que ça», dit-il avec un air goguenard. En tout cas, il est capable d’une grande tendresse aussi. «Cette fille a 117 ans, continue-t-il. Elle a parfaitement ses 17 ans, et 100 ans en plus, comme un truc très ancien qui lui colle à la peau.» Zulawski va peut-être nous faire découvrir une autre Sophie Marceau en lui réservant «un rôle de jeune pute de haut vol. Si la rencontre se fait entre ce qu’elle a de touchant et ce que le rôle a de dur, ce sera magnifique», conclut Zulawski.

Sophie sait déjà tout ce qu’Andrzej dit d’elle. La première fois qu’ils se sont vus, il est venu lui apporter son scénario inachevé sur le tournage de «Joyeuses Pâques» et ils ont parlé pendant des heures. «L’héroïne a 17 ans, mais une expérience de femme. Moi, dit Sophie, j’ai les 17 ans, mais je n’ai pas le passé de cette fille, il faut que je l’invente. C’est un personnage qu’on a envie d’aimer et de protéger. Elle vit dans un monde dur et violent, mais elle est émotive, tendre, délicate. C’est un rôle si difficile que je ne l’aurais peut-être pas accepté de la part de quelqu’un d’autre, mais Andrzej, on a l’impression qu’il ne peut pas vous laisser vous planter, qu’il tirera tout de vous.» Sophie n’a même pas peur: «La légende veut que Zulawski soit dur, on en parle comme d’un bourreau, mais ça m’est égal, je suis sûre qu’il ne l’est pas par sadisme, que ce n’est pas une démarche tordue. S’il est dur, c’est pour obtenir quelque chose de vous.» Sophie est une vieille fan de son nouveau pygmalion. «J’ai vu «Possession» à 12 ou 13 ans, j’ai été fascinée. «L’important c’est d’aimer» m’a fait encore plus d’effet, car j’étais plus grande. Peut-être que j’aime un tout petit peu moins «La Femme publique», mais à peine. Valérie Kaprisky ? J’aurais bien aimé lui parler avant le début du tournage. Nous sommes de la même race, elle me comprendrait.
Elle comprendrait cette envie que j’ai de me concentrer en ce moment. Nous parlerions le même langage». Sophie Marceau a grandi très vite depuis «La Boum». «C’est vrai, dit-elle, j’ai sûrement mûri plus vite que si j’étais restée à l’école. Je ne mène pas du tout la vie d’une fille de mon âge: je gagne de l’argent, j’ai des responsabilités, je vis seule, je rencontre des gens forcément beaucoup plus âgés que moi.» D’ailleurs, quand on lui demande qui sont ses amis, la personne qu’elle cite en tout premier est un monsieur qui a, disons, dans les 70 ans. C’est son agent. Elle s’est acheté un appartement, et elle attend avec impatience le 17 novembre, car elle aura enfin le droit de s’inscrire dans une auto-école ! Elle aura 18 ans.
STÉPHANIE DE MAREUIL
SOPHIE MARCEAU:
MANIATIS LUI FAIT UNE TETE AU CARRE

Jean-Marc Maniatis connaissait déjà Sophie. «Pour «La Boum», je l’avais laissée très naturelle. A quatorze ans, c’est mignon d’avoir les cheveux un peu dans les yeux. Cette fois, j’aurais eu envie de lui couper les cheveux bien courts, pour dégager son cou, qu’elle a très joli. Mais ce n’est pas ce que Zulawski m’a demandé.» Chose peu commune, le metteur en scène est resté là tout le temps qu’a duré la coupe. «Le point de lumière de son visage, dit-il, est sur son front. Je voulais que Jean-Marc le déporte sur ses yeux. Sans tout couper. J’ai besoin qu’elle ait des cheveux.» Jean-Marc a taillé une frange assez courte, au-dessus des sourcils de Sophie. «Andrzej voulait une Lulu 1985. C’est pour ça que je n’ai pas fait une simple coupe au carré, pour que ses cheveux bougent mieux, qu’ils aient plus de volume. J’ai fait aussi un léger dégradé.» Sophie a surveillé l’opération. Elle se regarde comme elle regarderait quelqu’un d’autre, sans complaisance. Quand tout est fini, elle sourit, et embrasse Jean-Marc. «Je suis contente quand on me pousse à bouger, dit-elle. C’est aussi pour ça que je fais ce métier.»
STÉPHANIE DE MAREUIL