ELLE n°2071 du 16 sept.1985
ELLE EST DANS «POLICE» DE PIALAT ET ELLE SERA SUR TF1 LE
20 SEPTEMBRE DANS LA PREMIERE «DESCENTE DE POLICE» TELEVISEE DE JEAN-LUC
MAITRE ET THIERRY ARDISSON. POUR NOUS, ILS LUI ONT FAIT SUBIR UN INTERROGATOIRE
SERRE.
SOPHIE MARCEAU: ‘MON CONTRAT POUR ”POLICE":
900.000 F”
THIERRY ARDISSON:
Sophie Marceau, c’est ton vrai nom ?
SOPHIE MARCEAU: Oui.
JEAN-LUC MAÎTRE. Tu as d’autres noms, des surnoms ?
Non.
TA. A l’école, on t’a jamais appelée Sophie Marteau
ou Sophie Pourceau ?
JLM. Ta mère, elle dit pas Soso ou Fifi ?
Non, je suis pas un clown, c’est Sophie.
TA. Date de naissance ?
17 novembre 1966.
JLM. Mais elle est majeure !
Oui, j’ai 18 ans.
TA. Tu mesures combien ?
1,72 m.
JLM. Poids ?
Ça, je ne sais pas, je ne me pèse jamais.
TA. Ça vaut peut-être mieux.
JLM. T’aimerais pas perdre 4-5 kilos ?
Non.
TA. Qu’est-ce que tu aimes le plus en toi ?
Tout ! Je m’adore.
JLM. T’aimerais pas avoir de moins grosses joues
?
Non.
TA. Plus grosses alors ?
Allez-y, continuez !
JLM. Ton père, il fait quoi comme métier ?
Il s’occupe d’une brasserie.
TA. Tu lui donnes de l’argent ?
Non, il ne veut pas. Il gagne bien sa vie, il n’en a pas besoin.
JLM. Tu vas manger là-bas des fois ?
Non.
TA. Pourquoi, c’est pas bon ?
Parce que c’est trop loin, j’ai pas le temps et pas de voiture.
JLM. C’est gentil pour ton père et ta mère. Tu as fait
des études ?
Non.
TA. Tu sais lire et écrire ?
J’y arrive.
JLM. Tu as été jusqu’au certificat d’études
?
J’ai arrêté l’école en seconde.
TA. On va vérifier ça: tu sais ce que ça veut dire «
onanisme »
?
Non.
TA. « Tétrahydrocannabinol » ?
Non.
JLM. T'as déjà fumé du shit
?
Oui.
TA. Ben, tu vois que tu sais ce que c’est !
JLM. Tu te drogues souvent ?
Une fois, j’ai fumé un pétard
...
TA. Un pétard ! T’as l’air de bien connaître ! Et ça
t’a fait quoi ?
C’est marrant mais ça ne m’intéresse pas.
JLM. Ça t’a fait rigoler
, vomir
, mal à la tête ?
Ça m’a fait rire.
TA. Bon, ton premier flirt c’était à quel âge ?
JLM. Avec ou sans la langue
?
Avec la langue c’était à 12 ans.
TA. C’était à Paris ?
Non, en vacances, sous une tente, dans un sac de couchage
...
JLM. Sûre ?
Oui !
TA. Et ton premier rapport sexuel, c’était
quand ?
JLM. Tu es devenue femme à quel âge ?
A 15 ans.
JLM. Qu’est-ce qu’il faisait ?
Plein de choses. il écrivait...
TA. C’était un poète en quelque sorte...
JLM. Un artiste.
Oui.
TA. Tu as eu combien d’amants dans ta vie ?
JLM. A ton âge, tu peux encore faire le compte, non ?
Oui, mais je ne le fais pas.
TA. Plutôt 10, 50 ou 100 ?
Plutôt 10.
JLM. Tu préfères draguer
ou te faire draguer ?
J’aime pas, je ne sais pas draguer.
TA. Tu n’as jamais dragué un mec de ta vie
?
Non.
JLM. Et larguer
, on t’a appris quand t’étais petite ?
Oui : je ne me suis jamais fait larguer par un mec, je les ai tous quittés.
JLM. Si tu n’as pas de grands copains, tu as
peut-être un petit ami ?
Oui.
TA. En ce moment, tu vis avec qui ?
Euh... Avec quelqu’un...
JLM. Ça, on s’en doute, c’est pas avec un
camion !
Il s’appelle Alfred.
TA. Son nom on te demande !
Alfred Dupuis.
JLM. Je te crois pas une seconde...
TA. Tu l’as rencontré où, celui-là ?
Dans un hôtel.
JLM. Qu’est-ce qui t’a plu chez lui ?
Alfred, c’est quelqu’un de bien...
JLM. Et il t’a dit quoi pour te draguer ?
Il n’a rien dit, ça s’est passé tout de suite.
JLM. Et le premier soir, il a abusé
de toi ?
Oui, à mort !
TA. Ils étaient déjà à l’hôtel, le plus
dur était fait...
JLM. Et il donne dans quelle branche, cet oiseau ?
Alfred, c’est un artiste
TA. Encore ! Il fait quoi ?
Il peint, il écrit...
JLM. Tu trouves qu’il a du talent ?
TA. Autant que toi ?
Au moins, sinon plus.
TA. Quand vous faites l’amour, c’est plutôt
dans la cave ou dans la cuisine ?
Ça dépend, partout...
JLM. Avec ou sans lumière ?
Avec la nuit et sans le jour.
TA. Il est pas jaloux de te voir avec
d’autres comédiens ?
Si, c’est ça qui est bien.
JLM. Il a vu la scène terrible avec Huster
dans le film de Zulawski ?
Laquelle ?
TA. Celle où tu introduis la verge
de Francis Huster dans ta cavité buccale
!
Ça, c’est votre imagination. C’est une impression d’optique. D’abord,
il avait un slip et ensuite, j’avais la tête posée sur son ventre.
TA. Oui, mais en dessous du nombril
!
Mais c’est incroyable !
JLM. Ce qui est incroyable, c’est que tu
fasses ça à 18 ans, et même pas pour le fric !
Et vous, vous avez commencé à quel âge ?
TA. Ici, c’est nous qui posons les
questions.
JLM. Confonds pas interview et interrogatoire !
TA. Changeons de sujet: ça ne te gêne pas d’embrasser certains acteurs ?
Non, pourquoi ?
JLM. Ça te fait quel effet ?
Je joue.
TA. Elle jouit !
JLM. Et le Sida, tu y penses ?
Ça me fait très très peur.
TA. Tu fais comme Bo Derek, elle demande aux
acteurs qu’elle doit embrasser de passer un test de dépistage
.
Si je peux, oui, je leur demande de passer un examen.
JLM. Et quand un acteur t’embrasse, est-ce qu’il met la langue ?
Ça dépend de la scène, et des acteurs. Pour un gros plan, ça peut arriver.
TA. Donne-nous des noms ! Huster ?
Pas du tout. C’est pas son genre.
JLM. Depardieu ?
Oui.
TA. Il en profite, lui. Tu ne t’y attendais pas ?
Il faut s’attendre à tout.
JLM. Tu remuais
la langue aussi ?
Oui. Des fois, il y a de vrais baisers au cinéma.
TA. C’est Alfred qui doit être content !
JLM. « L’Amour braque », c’est le premier film sérieux que tu aies
fait. Ça ne t’ennuie pas qu’il n’ait pas très bien marché ?
D’abord, tous mes films sont sérieux pour moi...
TA. C’est pas ce que disent les critiques.
Je m’en fous des critiques !
JLM. Il a tait combien d’entrées?
A peu près 150 000. C’est pas énorme.
TA. Ta copine Kaprisky, elle avait fait combien avec « La
Femme publique » ?
Beaucoup plus... je crois 360 000 entrées.
JLM. Tu crois que ça vient de toi ou du scénario ?
On ne sait jamais pourquoi ça marche, ni pourquoi ça ne marche pas
TA. Des fois, il vaut mieux pas savoir...
JLM. Et tu es payée combien pour planter un film ?
SM. Ça dépend de la production, si elle est riche ou pas...
TA. Mais en moyenne ?
Il n’y a pas de moyenne. Par exemple, pour « Police » avec Pialat, j’ai
gagné 900 000 F.
JLM. Pour toi, c’est plutôt gros ou petit ?
C’est plutôt petit.
TA. Le tournage a duré combien de temps ?
Trois mois.
JLM. Tous les jours ?
Oui.
TA. Ça ne fait que 10 000 F par jour. T’as raison, tu devrais porter
plainte...
JLM. Ça s’est bien passé avec Pialat ?
Pas vraiment...
TA. Qu’est-ce qu’il t’a fait ?
Il est très dur
.
JLM. Il est aussi invivable
que ça, c’est pas une légende ?
Non.
TA. Donne-nous des détails.
Non, je ne veux pas salir
sa réputation, ce serait mesquin
.
JLM. C’est le plus dur des réalisateurs ?
En tout cas, c’est celui avec lequel j’ai le moins aimé tourner.
JLM. Tu fais quoi de ce fric ?
TA. Tu t’achètes des robes, des produits de beauté, des T-shirts ?
Je m’achète des maisons, des voitures...
JLM. Dans quoi tu roules des mécaniques ?
Je l’ai pas encore, je veux la dernière Honda Civic, noire.
TA. Ça va, tu vas pas te ruiner.
JLM. Et la maison, c’est quoi la marque ?
J’ai une grande maison de campagne dans l’Est.
TA. Où ça ?
A 80 km de Paris, du côté de Nemours.
JLM. Tu y vas le week-end ?
SM. Non, moi, je peux y aller dans la semaine, je suis pas fonctionnaire !
TA. Ça va, ça va ! Et qu’est-ce que tu fous le lundi et
le mardi dans l’Est à 80 bornes
de Paris ?
Ben, je bricole
, je la retape
, je fais des travaux.
JLM. Tu l’as payée combien ?
700 000 F.
TA. Ça doit pas être terrible...
JLM. Je comprends qu’elle fasse des travaux.
TA. Et pourquoi dans l’Est, tu as de la famille ?
Non.
JLM. Adresse à Paris ?
Pas loin de Denfert.
TA. Combien t’as payé ?
Euh... 600 000 F.
JLM. A Denfert à ce prix-là, tu peux t’acheter le paradis !
TA. Compte en banque, caisse d’épargne, chèques postaux
?
Non-non-non.
JLM. Codevi, Sicav, actions, lingots ?
Non-non-non-non.
TA. Dis-nous ce que tu fais du blé
que te rapporte ton gagne-pain
!
J’ai un homme d’affaires.
JLM. Ça vaut mieux, comme tu sais pas lire !
Mais je sais où je fous
mon fric !
TA. Ou plutôt, tu sais à qui tu le confies !
JLM. Autres sources de revenus ?
La publicité.
TA. Je t’ai pas vue souvent !
SM. J’ai fait pas mal de films au Japon.
JLM. Et en France ?
Je vais faire le prochain film pour Lux Beauté à la rentrée
.
TA. Tu fais ça pour quoi ?
Uniquement pour l’argent, je trouve ça désagréable. La publicité, c’est
insignifiant.
TA. Tu crois que tu feras du cinéma toute ta vie ?
Oui, pourquoi pas ?
JLM. A 70 ans, toute ridée, tu continueras ?
On a tous un jour 70 ans.
TA. Oui, mais t’es pas obligée de faire du cinéma !
Pas obligée d’être flic non plus.
JLM. Pas obligée non plus de prendre ma main sur la gueule
!
TA. Et parmi tes collègues féminines, qui est d’après toi la plus grande
vedette française ?
Isabelle Adjani.
JLM. Tu penses qu’un jour tu peux arriver à l’égaler
?
Ça dépend de ce qu’on entend par égaler.
TA. Être payée aussi cher.
Pour moi, c’est pas ça du tout.
JLM. C’est quoi, avoir des prix de cinéma d’art et
d’essai ?
Adjani, c’est celle pour laquelle j’ai le plus d’admiration en tant que
comédienne.
TA. Tu penses avoir autant de talent qu’elle ?
Je ne sais pas... J’ai encore plein de choses à faire pour le savoir.
JLM. Du théâtre par exemple ?
Oui, j’ai très envie
d’essayer.
TA. On t’a déjà proposé un rôle ?
Non, jamais. On garde les gens du théâtre au théâtre et ceux du cinéma au
cinéma.
JLM. Tu as raison, ça doit être pour ça qu’Adjani est
montée sur les planches...
Moi, personne ne m’a jamais contactée.
TA. Et ton disque, c’est aussi pour faire comme Adjani ?
C’est un 33 tours, avec 9 chansons et demie.
TA. Ah ouais
?
La demie, c’est un texte parlé à la fin d’une face.
JLM. Les paroles, c’est quel genre ?
Tous les textes ont été écrits spécialement pour moi. C’est plein
d’images, c’est ailleurs, c’est autre chose...
TA. Je vois le genre... Et la musique, c’est comment ?
C’est de la variété, de la musique très cool
, très tranquille, très moderne...
JLM. Mais ça se rapproche de quoi ?
De rien, c’est très moderne...
TA. Change de disque !
JLM. Ça ressemble plutôt à Sheila ou à France Gall ?
Je sais pas... Plutôt France Gall. Mais c’est très mod...
TA. Stop ! Tu sais reconnaître un mi dièse
d’un fa bémol ?
Je ne connais pas du tout la musique.
JLM. C’est pas à sa portée
! Et pour chanter, tu as fait comment ?
J’ai pris des cours de chant.
TA. Combien ?
Cinq, surtout pour apprendre à respirer, c’est très important.
JLM. Dis donc, je pense à un truc: Adjani, elle n’a
jamais posé nue pour un magazine !
TA. C’est une idée à toi ?
Au départ, on avait fait des photos comme ça avec la photographe, Françoise
Prouvost, qui est une amie à moi...
JLM. Et maintenant c’est toujours ton amie ?
Oui !
TA. Tes pas rancunière
...
Ensuite « Photo » nous a contactées, ils ont dit qu’ils étaient intéressés
par la série.
JLM. Tu m’étonnes !
TA. Ça t’a rapporté combien, cette petite histoire ?
Rien du tout.
JLM. Quoi ? Mais tu sais que, grâce à toi, ils ont doublé
les ventes du numéro !
Moi, je m’en fous, poser à poil, c’est pas mon boulot
à moi.
TA. C’est toi qui as choisi les photos ?
Bien sûr !
JLM. Tu as sélectionné les plus prudes, celles où on ne
voit rien.
On en voit déjà bien assez comme ça.
Avec la collaboration de Pascal Huet.
Le cinéma par Philippe Collin
POLICE
de Maurice Pialat, avec Gérard Depardieu, Sophie Marceau et Richard Anconina
(France, couleur, 1 h 53).
BEURS DECHIRES
On dira que c’est la première fois qu’on voit travail1er des flics,
vraiment. On dira que c’est la première fols que la délinquance immigrée
est montrée sans démagogie dans son absurde sauvagerie. On dira que c’est la
première fois qu’acteurs professionnels et amateurs confondus et confondants
de vraisemblance échangent paroles, gestes et regards en une dramaturgie dérisoire
de la misère et de la violence au quotidien. On dira tout cela et on aura
raison, mais pas assez. «Police» n’est pas seulement une habile mise en
fiction de ce que Depardon nous avait appris dans son film sur les
commissariats; «Police» n’est pas seulement un «Médecins de nuit» sur
la criminalité, pas seulement un polar plus subtil que les flicailleries
tapageuses qui sont le lot de notre cinéma dit populaire... «Police»
c’est l’histoire d’un type pas très heureux qui oscille entre violence et
tendresse, d’une très jeune femme qui ne parvient pas à penser que le mal et
le bien, la vérité et le mensonge ne sont pas que des mots vides de sens,
d’un avocaillon qui sait bien que sa place est chez les voyous qu’il défend,
de frappes sans cœur avec peut-être une espèce d’âme, de taux durs et de
vrais mous, de tapineuses qui pouffent comme des écolières... « Police » est
avant tout et aussi un film sur des gens qui ne savent pas comment on fait pour
vivre. C’était déjà le sujet des autres films de Pialat. Cette fois une
vraie intrigue policière, des amours impossibles entre stars, le comique brutal
de certaines notations et un dialogue explicite rendent moins confidentiel le désespoir
furieux d’un cinéaste qui devrait enfin rencontrer le plus large public.
PHILIPPE COLLIN