ELLE n°2734, 25 mai 1998
Sophie Marceau
“Maigrir, ça ne me réussit pas !”
Depuis dix-huit ans, sa cote d’amour auprès du public est restée intacte. Dans son nouveau film, «Firelight», Sophie Marceau incarne une mère, une amoureuse, une femme qui suscite la passion. Un rôle sur mesure pour la plus rondement jolie des actrices françaises. Au fait, la clé de son succès résiderait-elle aussi dans la douceur de ses courbes et la fraîcheur de ses joues?
Par Valérie Toranian
Pour beaucoup de Français, vous incarnez le physique idéal. Vous êtes sûrement l’actrice la plus populaire de France. Ça vous plaît?
Oh oui, ça me plaît, ma popularité ne me pèse pas. Elle est, au contraire, légère, douce. Pour certains, c’est lourd à porter. Ça peut rendre fragile, agressif. Moi, pas du tout.
On vous aime pour votre simplicité, votre côté bonne nature.
Je ne suis pas la fille qu’on aime parce qu’elle est gentille. Je suis loin d’être aussi simple. En revanche, je suis claire. Quand on lit mes interviews, on sait à qui on a affaire. Même si, parfois, je m’énerve et dis des choses qui ne plaisent à personne.
Lesquelles, par exemple ?
Que le cinéma français est insupportable, que les chasseurs sont des abrutis, des alcoolos. C’est très antipopulaire. Mais les gens se disent: «Au moins, on sait ce qu’elle pense.» Et ça fait dix-huit ans que ça dure. On ne m’aime pas parce que je suis plus gentille ou plus jolie, ou talentueuse, non. C’est parce que, humainement, mes rapports sont francs.
Petite, vous vous trouviez plutôt mieux que les autres ?
Quand j’étais petite, je me regardais tout le temps dans le miroir, mais ce n’était pas parce que je me trouvais jolie. C’était comme un questionnement sur moi-même. Je vois autour de moi beaucoup de jeunes filles qui sont en permanence conscientes d’elles-mêmes, obsédées par leur ligne, leur visage. Plus tard, ce sont les rides. Bien sûr, c’est normal d’être un peu préoccupée par ça, mais il y a un moment où il faut arrêter, laisser tomber, quoi. J’aime séduire, mais je ne vais pas tout faire pour plaire. Mon rêve, quand j’étais petite, c’était d’être intelligente! (Rires.)
Pourquoi ? Vous ne vous trouviez pas intelligente ?
Non, mais je voulais être cultivée, c’était ça mon but. Ce n’était pas d’être la plus belle femme du monde. Je voulais que les gens m’aiment pour ce que j’avais appris, pour le travail que j’avais fait, les livres que j’avais lus. Je voulais être fière de moi pour ces raisons-là.
Petite, à quoi ressemblait votre prince charmant ?
Je n’avais pas d’idole, ni acteur ni chanteur. Je tombais amoureuse toutes les trente secondes.
Amoureuse toutes les trente secondes et malheureuse toutes les trente secondes ?
Oui, ça va ensemble.
Aujourd’hui encore, vous êtes une amoureuse qui souffre ?
Quand ça ne va pas bien, oui. Terriblement! (Rires.)
Vous avez 31 ans. Est-ce que l’idée de vieillir vous angoisse ?
Les actrices passent toujours un moment difficile, c’est vrai. Mais on improvisera à ce moment-là. Si je suis heureuse dans la vie, épanouie dans mon travail, je pense qu’il n’y aura aucune raison de flipper.
Vous pourriez avoir recours à la chirurgie esthétique ?
Je ne sais pas. C’est perturbant parce que je pense que ce genre d’action a des répercussions sur le mental. Comme si on refusait la nature, la vie. La peur de vieillir, c’est la peur de mourir. C’est terrible parce que ça veut dire qu’à 50 ans on est déjà mort. On devient aigrie, malheureuse. Même avec la chirurgie ou les pilules pour rajeunir, on ne peut pas tout stopper. C’est le processus naturel des choses.
Vous êtes donc prête à l’accepter?
Si je décidais de changer quelque chose, ça ne serait pas tellement pour mon métier parce que, au cinéma, on peut tricher beaucoup. Ce serait plutôt pour continuer à plaire. J’aurais peur de perdre l’homme que j’aime ou de ne plus séduire. Je m’imagine dans un diner, nous sommes trois femmes... et c’est la plus jeune qui recueille le maximum de regards, pas moi!
Aujourd’hui, vous n’êtes pas maquillée. Vous vous préférez plutôt sans fard, sans masque ?
Non, je pense que je suis souvent masquée ! Mais disons que je me maquille plutôt pour des soirées ou des occasions exceptionnelles. Je n’observe aucune règle, je peux aussi avoir envie, tout d’un coup, d’être très sophistiquée. Je me sens changeante, versatile, inconstante.
Quand vous vous faites belle, vous choisissez quel maquillage ?
Le moins possible. J’aime de moins en moins le maquillage. J’applique parfois du fond de teint, uniquement par petites touches, jamais uniformément. Et pour masquer ce qui ne va pas. J’ai la peau mate, plutôt jaune. Quand je suis fatiguée, elle devient verte! Alors, je camoufle.
Qu’est-ce que vous utilisez comme marque ?
Ce qui me tombe sous la main. Quand j’ai besoin d’un produit, je vais tout simplement au Monoprix.
Qu’est-ce qu’il y a dans la trousse de maquillage de votre sac ?
Des produits américains, parce qu’on a égaré mon bagage lors de mon dernier voyage à Los Angeles et que j’ai été obligée de tout racheter. J’ai un fond de teint Colorstay de Revlon, génial. Un blush couleur pèche Maybelline. Il y a aussi un gloss de Shu Uemura. Un fard à paupières mauve, mais je ne m’en sers jamais.
Le secret de votre teint velouté, appétissant, c’est quoi ?
Dormir beaucoup, aller peu au soleil.
Pas de crème?
J’ai rencontré un coiffeur récemment qui m’a dit que sa mère avait gardé une peau superbe jusqu’à 80 ans en la lavant à l’eau et au savon et en appliquant chaque matin un peu d’huile d’olive. Je me suis mise à ce régime. L’huile, c’est génial. Pendant ma grossesse, je me suis massé tous les jours le corps à l’huile d’amande douce et je n’ai pas pris une vergeture. Quand je dis que je n’utilise pas de soins, j’exagère un peu. Je teste quand même des crèmes. A Los Angeles, la vendeuse m’a donné plein d’échantillons de crèmes Clarins, c’est vraiment bien. En Pologne, il y a des produits naturels à base de lin que j’adore.
Vous allez souvent en Pologne, vous vous y sentez bien ?
Je me sens bien et je me sens mal partout.
Comment c’est, quand vous vous sentez mal ?
Des crises d’angoisse. Je me sens vide, inutile, oppressée. Je suis incapable d’être positive, sereine, légère.
Est-ce que la maternité n’a pas adouci ces crises ?
Si, sûrement. Être mère, c’est mon meilleur rôle. Je me sens capable, forte. C’est une relation naturelle, sans angoisse.
Qu’est-ce que la maternité a changé chez vous ?
Je crois tout simplement que je ne me souviens plus de ma vie avant Vincent ! J’ai mon vrai corps et ma vraie personnalité maintenant. Et je suis plus mince qu’avant!
Vous avez suivi un programme spécial de remise en forme après bébé?
Pas spécialement. Je fais un programme de gym d’une demi-heure tous les jours, qui comprend assouplissements, étirements, abdos-fessiers. Depuis que je le fais, je n’ai plus mal au dos. Je me muscle là où j’en ai besoin. Je ne suis pas une forcenée de la gym. Je veux un corps ferme et harmonieux.
Est-ce que vous surveillez votre ligne ?
Non. Enfin, si... Je fais attention à ne pas trop manger. Je ne mange pas de viande. J’adore les légumes. La seule chose pour laquelle je craque régulièrement, c’est le chocolat. Je mange très peu de pain et de fritures. Je n’ai pas mangé de bananes depuis des siècles, je ne prends pas de junk-food (snacks, confiseries). Jamais de grignotage, je ne déjeune pas le midi et je dîne le soir.
Les nutritionnistes n’aiment pas que l’on saute des repas...
Je sais, mais, moi, le programme des nutritionnistes, ça me déprime. C’est comme les pages régime des magazines féminins, je les saute en bloc, je trouve qu’il n’y a rien de plus angoissant. Je préfère agir d’instinct et je pense être raisonnable. De toute façon, maigrir ne me réussit pas.
C’est un discours original pour une actrice et par les temps qui courent !
Non, parce que je peux être aussi comme la majorité des femmes un peu folles qui veulent être toujours plus minces. Vous connaissez le principe: moins on mange, moins on a envie de manger. Plus on est mince, plus on veut maigrir. C’est l’idée d’avoir pris 2 kilos qui me rend malade. Mais, en fait, objectivement, je me sens mieux, plus douce, plus jolie. Quand plus rien ne me va, que mes vêtements tombent mal, c’est que j’ai maigri. Et quand on mincit, les os et les défauts ressortent. Je préfère quand les courbes sont plus pleines, plus douces. Mais, en même temps, j’ai peur de prendre trop de kilos.
Qu’est-ce que vous prenez au petit déjeuner ?
Des céréales, du yaourt, du miel, du thé au lait. Ou alors du poisson. A Saint-Pétersbourg, pendant le tournage «d’Anna Karenine», en guise de petit déjeuner, je prenais une assiette pleine de maquereaux fumés. C’est bourré de protéines, c’est super.
Dans quel film vous êtes-vous sentie la plus belle ?
Dans «Anna Karenine». Et dans «Sacha», mais j’étais plus ronde !
Et dans la vie ?
Je me sens belle quand je suis heureuse, amoureuse. Quand je surprends le regard de mon mari qui me fixe joliment. Quand il parle en bien de moi.
Votre mari, le réalisateur Andrzej Zulawski, est plus âgé que vous. Est-ce parce que vous avez besoin qu’un homme vous protège, vous rassure?
Je ne me suis pas posé la question quand je l’ai choisi. Je ne sais pas. Il me comprend, il m’encourage, il m’aide à penser. Mais nous sommes deux tempéraments forts qui s’affrontent aussi.
Vous incarnez l’image du parfum Champs-Elysées de Guerlain. Comment s’est passée votre rencontre avec Guerlain?
C’est moi qui ai provoqué cette rencontre ! J’avais entendu dire qu’ils cherchaient quelqu’un, et j’ai aussitôt demandé à mon agent de se renseigner. Nous nous sommes donc rencontrés. Et voilà!
C’est un contrat qui vous plaît ?
Oui, j’aime beaucoup cette idée d’incarner un parfum. Le parfum, c’est transparent, invisible. On évoque et on suggère des sensations plus qu’on ne les montre. J’adore les odeurs de fleurs, la fleur d’oranger, le lilas, l’églantine, mais aussi le laurier, l’acacia, la noisette. Ça me rappelle la campagne.
Quelles sont les odeurs les plus magiques de votre enfance ?
L’odeur du bois qui brûle, de la pluie, du chien mouillé ! Je sais, ça ne plaît pas à tout le monde mais, au moins, c’est vivant.
Quels sont les premiers parfums que vous avez portés ?
Quand j’étais jeune, je portais des senteurs de rose et de chèvrefeuille. Et, pendant ma période baba cool, j’ai bien sûr porté du patchouli. Aujourd’hui, je porte Champs-Élysées, c’est un parfum qui me va bien. J’ai plein de copines qui l’ont senti sur moi et qui, du coup, ont eu envie de l’acheter.
Votre mari a un parfum préféré ?
Ah oui! Je ne dirai pas lequel, mais je l’adore. Je déteste lorsqu’il en change. Quand il le porte, c’est mille souvenirs qui surgissent, c’est lui et moi, c’est notre histoire.
Vous aimez la mode ? Vous achetez beaucoup de vêtements ?
Ça dépend. J’aime beaucoup certains créateurs, comme Ungaro. Je trouve qu’il a un œil, une vraie classe, un sens des couleurs très italien. Ses robes sont vraiment faites pour les femmes. Dans un genre totalement opposé, j’aime aussi Dirk Bikkembergs pour son style très sobre, minimal. J’aime porter des vêtements masculins en les féminisant. Ce que je préfère, c’est être dans un pantalon fluide, très large. Pour les soirées officielles, j’ai déjà emprunté des vêtements chez Dior, Chloé.
Quel est votre dernier achat ?
Un pantalon chez Cap, à Los Angeles. Trois fois trop grand !
Vous aimez les sous-vêtements ?
J’adore. Je trouve ça très sexy quand on les devine, quand un petit bout de dentelle de soutien-gorge apparaît dans un décolleté. Je porte beaucoup de strings. J’achète pas mal de dessous, mais pas trop chers parce que ça s’use vite.
Vous aimeriez un jour changer de tête ? Couper vos cheveux, les colorer ?
Quelle horreur ! Les cheveux courts et colorés, c’est un véritable enfer, une prison. On doit sans cesse coiffer, faire ses racines. Tandis qu’avec des cheveux longs, on est différente à chaque seconde. J’aimerais que les miens m’arrivent jusqu’aux fesses.
Y a-t-il quelque chose que vous n’aimez pas dans votre corps ou dans votre physique ?
Oui, mais je ne dirai pas quoi, puisque ça m’embête.
Et quelque chose que vous aimez particulièrement ?
J’aime bien mes seins.
Julien Clerc a célébré dans une chanson « les seins de Sophie Marceau ». C’était plutôt un hommage, mais ça ne vous a pas plu...
J’ai été atrocement gênée par ce disque. Quand je l’ai reçu chez moi, je l’ai caché. J’avais peur que mon entourage tombe dessus. J’étais mal, comme si j’avais fait une bêtise. Comme si je montrais mes seins à la radio. Les seins, c’est intime, c’est érotique, sexuel, je me suis sentie dévêtue.
Votre image est sensuelle, pulpeuse, maternelle. C’est rassurant pour les hommes...
Quand je rencontre un homme, je ne mets pas en avant ma sensualité. On n’est pas des animaux! Je suis pudique dans la vie. Je me demande quelle impression cela ferait à Julien Clerc si on faisait une chanson sur son zizi!
On vous a vue dévêtue dans vos films.
Tourner nue dans un film, si ça a un sens, ce n’est pas un problème. Mais dans la vie, ce n’est pas pareil. Je préfère qu’on regarde mes yeux plutôt que mes fesses. •