FEMME n°148 - avril 2001
SOPHIE MARCEAU
BIEN DANS SA PEAU ET DANS SA TÊTE
À l’écran, Sophie Marceau hante les salles du musée du Louvre dans le costume sombre, inquiétant et mythique de Belphégor. Elle reprend ainsi le rôle que Juliette Gréco interpréta dans le feuilleton à succès des années 60. A la ville, elle rase les murs pour préserver sa vie privée. «S’exposer, dit-elle, c’est se salir, c’est permettre aux autres de donner leur opinion sur un sujet qui se passe dans votre
cœur.» Pas de suraffichage médiatique donc, en dehors des plateaux et de la promo. Quand elle ne tourne pas, la belle Sophie partage son temps entre son appartement de Paris et celui de Varsovie. «Je vis surtout dans ces deux pays. Mon enfant, Vincent (5 ans et demi, le fils qu’elle a eu avec le réalisateur Andrzej
Zulawski), est d’ailleurs à moitié polonais. Là-bas, ma vie est vraiment différente: je me ressource, je décore ma maison, je jardine, je cuisine. Mes soirées sont consacrées à ma famille et à mes amis. C’est une autre vie, tranquille. Mais il m’arrive aussi de faire des sauts aux Etats-Unis (depuis le succès de
Braveheart, de Mel Gibson, elle a un agent à Los Angeles). Je demeure rarement plus de deux mois au même endroit.» Malgré un emploi du temps agité, l’actrice tient à se préserver, à rester elle-même. Et, à 35 ans, elle a toujours autant la cote auprès du public. Elle est régulièrement plébiscitée, lorsqu’il s’agit de déterminer quelle est l’«actrice préférée des Français». Loin du star-system, Sophie Marceau cultive un style personnel. Elle porte aussi bien une robe Emanuel Ungaro qu’un pantalon Gap, fluide et large.
Elle apprécie le style très sobre et minimaliste de Dirk Bikkembergs. Elle aime particulièrement porter des vêtements masculins en les féminisant. Pour les soirées officielles, elle emprunte ses vêtements chez Dior ou Chloé. Son péché mignon ? Ce ne sont ni les chaussures ni les bijoux mais les sous-vêtements. «Je trouve ça très sexy quand on les devine, quand un petit bout de dentelle de soutien-gorge apparaît dans un décolleté», confie-t-elle. Sexy et nature, deux adjectifs qui lui collent à la peau.
Depuis ses débuts, on lui envie ses formes généreuses et sa fraîcheur. Là encore, ses recettes beauté sont d’une simplicité déconcertante. Sa règle de vie essentielle: mener une vie saine. Et, pour se détendre, faire de la gym dès qu’elle le peut: quelques exercices d’assouplissement, des étirements, des exercices d’abdos-fessiers. «J’essaye de me muscler là où j’en ai besoin. Je ne suis pas non plus une force-née de la gym. Je veux un corps ferme et harmonieux. Sophie Marceau avoue se regarder dans le miroir sans complexes. «Je fais juste attention à ce que je mange», ajoute-t-elle. La viande est proscrite de son alimentation, mais elle craque volontiers pour le chocolat. Aucune recette miracle non plus pour son teint de pêche: visage lavé tous les matins à l’eau claire et au savon, puis application d’une touche d’huile d’olive. Tout simplement. «Quand je dis que je n’utilise pas de soins, j’exagère une peu, précise-t-elle, déroutante. Je teste quand même des crèmes.» L’image du parfum Champs-Elysées de Guerlain n’est donc pas une folle de cosmétique. L’actrice est tout en contrastes. Même dans sa façon de penser. Bien dans sa peau et dans sa tête: elle avoue qu’elle n’est jamais allée voir un psy, même si elle trouve géniale «l’idée de parler de soi, de son enfance...». Elle se félicite d’avoir trouvé sa propre thérapie: «Je me parle tout le temps, pour faire sortir des choses.»
A ceux qui pensent que Sophie Marceau aurait tendance à se prendre pour une intello, elle répond: «Pas du tout, je suis juste actrice.
Elle agace ou force l’admiration quand elle publie son roman La Menteuse (éd. Stock, 1996). «J’ai besoin d’écrire. L’écriture est une discipline, il faut s’asseoir tous les jours derrière une table. Cela me permet de formuler autrement des choses qu’il m’est impossible de montrer en tant qu’actrice.» Au pied de son lit, traînent des livres tels que
La Fonction de l’orgasme, de Wilhelm Reich et Les Mots, de Jean-Paul Sartre.

La peinture est un autre de ses jardins secrets. «Dans cet art, l’esprit n’est pas limité, seul le moyen l’est. L’art abstrait vient de cela: tout destructurer pour reculer les limites. Quant à l’art moderne, grand et coloré, ça me donne une pêche d’enfer. Rien de mieux, en période de blues, que d’aller dans un musée d’art moderne. On se sent libre, c’est très rock’n roil.» Son petit garçon semble avoir la même passion. «Il peut dessiner plusieurs heures par jour, confie-t-elle. Des animaux, surtout. Il a vraiment un trait joli et libéré. Je pense qu’il a hérité du talent du père et du frère d’Andrzej, tous deux peintres.» La priorité absolue de la comédienne reste son fils, avec lequel elle passe le plus de temps possible, quitte à l’emmener sur les plateaux de tournage. «Quand je me projette dans l’avenir, conclut Sophie Marceau, je me dis que c'est ce jardin personnel-là qui portera le plus de fruits.»
SOPHIE DELASSEIN AVEC EMMANUELLE COLPIN, PHOTOS: SYLVIE LANCRENON
H&K.
Belphégor 
Le retour du fantôme
C I N É M A
Dans les années 60, Juliette Gréco triomphait dans la série télévisée culte. Aujourd’hui, Belphégor sort dans une nouvelle version cinématographique, avec Sophie Marceau.
Film: Beiphégor Réalisateur: J.-P. Salomé Acteurs: Sophie Marteau,
Michet Serrault, Frédéric Diefenthal. Sortie: le 4 avril 2001
Après une absence de plus de trente-cinq ans. Belphégor ressurgit enfin. Personnage emblématique du cinéma fantastique français, il va donc de nouveau faire tressaillir les spectateurs. Dans cette version 2000, l’âme d’une momie vieille de plus de trois cents ans, précieusement conservée au Louvre, s'empare du corps d’une bijoutière — alias la toujours fougueuse Sophie Marceau. Mue par une force supérieure, le visage caché par un masque, la jeune femme toute de noir vêtue hante alors les allées du vénérable musée, y dérobe des amulettes égyptiennes au nez et à la barbe de policiers impuissants. Tel est le point de départ de cette adaptation filmée par Jean-Paul Salomé, le réalisateur de
Restons groupés. L’idée de faire renaître le célèbre fantôme lui trottait dans la tête depuis longtemps déjà: «C'est lorsque j’ai eu la fille de Juliette Gréco comme scripte que j’y ai pensé», confie-t-il. La chanteuse tenait le rôle-titre dans les quatre épisodes télévisés de Claude Barma, en 1965. Un feuilleton qui a marqué Jean-Paul Salomé: «Je l’ai vu à 5 ans et j’en garde un souvenir très fort. Mais plus que des images, ce sont des sensations qui me reviennent à l'esprit: la nuit, une silhouette noire... La série connaît également à l’époque un triomphe colossal. Quinze millions de spectateurs suivent le premier épisode, vingt millions le deuxième et le vent de folie va crescendo. L’engouement est tel que les gens se précipitent au Louvre pour admirer la statue de Beiphégor: les gardiens doivent alors leur rappeler qu’il s’agit d’une pure invention. D’ailleurs, quand ce spectre est-il apparu pour la première fois ? En 1927, sous la plume de l’auteur populaire Arthur Bernède. Le nom de son héros maléfique provient d’une divinité moabite (peuple nomade apparenté aux Hébreux au
XIIIe siècle av J.-C.), à qui l’on rendait un culte licencieux, et qui a inspiré un conte à La Fontaine, un récit à Machiavel ainsi que divers opéras. Son épouse estimant que Belphégor ferait un beau titre de roman, Arthur Bernède imagine alors un livre d’aventures fantastiques. Scénariste émérite, il écrit en parallèle un scénario qui donne lieu à un succès cinématographique réalisé par Henri Desfontaines. Un scénario que Danièle Thompson et Jérôme Tonnerre ont très largement modernisé pour Jean-Paul Salomé. Le cinéaste explique: «La psychologie des personnages a évolué depuis les années 20. Il a donc fallu réactualiser l’histoire, trouver comment la peur et le mystère peuvent fonctionner aujourd’hui, sans pour autant tomber dans les extrêmes. Ne pas faire de
Belphégor la reine du gore par exemple.» Les effets spéciaux, peu nombreux, sont en effet utilisés à bon escient dans le film. Seul bémol: on espérait davantage de poésie et de grâce.
Laurent Djian