du 23 février 1985.
Symbole d’une jeunesse saine dans «LA BOUM», Sophie Marceau s'exhibe nue dans «l’Amour braque»
"Aujourd'hui j'enlève tout, demain je serai Jeanne d'Arc"
Sans un gramme de maquillage, un visage de gamine. Lisse, au regard vert un peu buté par un reste d’adolescence. Au naturel, Sophie Marceau a plus l’air de sortir du monde des
Boum que de celui des stars. Alors que Valérie Kaprisky et Sandrine Bonnaire faisaient leur entrée fracassante au cinéma dans le simple appareil de leurs sculpturales nudités, le scénario de
la Boum II laissait notre Sophie chaste et vêtue. Tout le monde la voit comme la fille, petite-fille, ou copine idéale, selon l’âge. L’année dernière, couronnement:
Fort Saganne mariait Sophie — en blanc — avec Depardieu dans le désert.
Et voilà l’Amour braque de Zulawski. Une adaptation époumonée, suante et soufflante de l’Idiot, de Dostoïevski.
— La plus belle histoire que je connaisse sur une putain, résume sobrement le metteur en scène.
Et dans le rôle principal, très maquillé et peu costumé: Sophie. Ex-image de la vertu, et seule jeune première du cinéma français... Pas gênée et très nette:
— Pas question de me montrer à poil pour n’importe quoi. Pour attirer mille spectateurs de plus, par exemple: c’est vulgaire et salissant. Mais dans le film, ça se justifiait. La scène d’amour est très belle et pas vicieuse. Plus sensuelle que sexuelle. Je ne suis pas je-m’en-foutiste. Je ne veux pas devenir une salope, quelqu’un de pas propre dans sa tête.
Elle gratte le crâne pensif et roux de Lolita, dame cocker, seul être admis — pour le moment — à partager l’intimité de son petit appartement de la République.
— Tout va bien, j’ai du fric, je vis bien, je crois à ce que je fais, à des valeurs, à des sentiments. Je sors très peu. Je ne veux pas me faire bouffer par le milieu du cinéma. Par ces gens qui exagèrent tout et qui ont une vie si vide... Ça, je crois que je le dois à mes parents. Ils tiennent une brasserie à Sceaux, ils travaillent beaucoup, et la belle vie, ils ne l’ont jamais connue. Quand j’ai commencé, ils m’ont mise en garde: pour eux, le spectacle, c’était un monde de requins et de putes. Ils m’ont appris les choses vraies.
Pour l’instant, son avenir a la forme d’une montagne de pellicule — pour l’art —, d’un mari et d’enfants — pour «la vraie vie»~ Peut-on imaginer plus raisonnable jeune personne? Pour ceux qui douteraient encore des raisons qu’a Sophie Marceau de continuer à incarner la belle jeunesse française, qu’ils sachent qu’après une comédie de Broca elle s’apprête à jouer le rôle de sa grande idole: Jeanne d’Arc !
Toujours sous la direction de Zulawski. Mais avec une armure...
ALIX DE SAINT-ANDRÉ