du 30 nov. 1985

SOPHIE MARCEAU
ET EN PLUS ELLE CHANTE !
par Christian Gonzalez

Après Isabelle Adjani, Marlène Jobert et Richard Beny, Sophie grave son premier microsillon, avec Etienne Roda-Gil pour parolier.Le regard vif de Sophie Marceau est criblé d’éclats malicieux. Son joli petit visage aigu et mobile a quelque chose d’émouvant: probablement la bouche, aux lèvres gonflées et enfantines. Star en six films, de la Boum à Police, la voilà saisie par cette fièvre microsillonneuse qui fait actuellement des ravages parmi les vedettes de l’écran.
Elle secoue les mèches qui lui retombent dans les yeux, les repousse d’une main légère: «J’aime chanter depuis toujours», assure-t-elle. C’est d’Etienne Roda-Gil, l’ex-parolier de Julien Clerc, que tout est parti. «Il était le dialoguiste de l’Amour braque de Zulawski. Il a été intéressé par la sonorité de ma voix. Il m’a dit: «Je vais t’écrire des textes.» Il me les a montrés et j’ai été séduite.» Résultat: un 33-tours et neuf titres (Petite Certitude, Sibérie fait froid, Vive la mariée senor, l’Hirondelle dans le sel..) gravés dans la cire fraîche dont on fait les «tubes».
Sa voix? « Plutôt grave. Et puis, j’ai beaucoup de coffre.» Rire. «La chanson, c’est aussi une façon de me montrer différente au public.» Une volonté bien affirmée chez elle.
«La Boum est un film que j’aime beaucoup. Mais une comédienne doit changer, aller d’un rôle à l’autre, explorer toutes ses facettes. Je n’allais pas rester Vic toute ma vie. D’ailleurs, même si ça m’a collé à la peau, je ne ressemblais pas du tout à cette fille de dentiste menant une existence aisée et insouciante.»
C’était en 1980. Elle avait quatorze ans. Elle s’inscrivit dans une agence de photos pour se faire de l’argent de poche et ce fut là que le réalisateur Claude Pinoteau la dénicha.

Depuis, le cinéma est devenu pour elle une passion exigeante et farouche. Instinctive et vaillante, elle a voulu prendre tous les risques. Et l’Amour braque a été un échec. «Mais les échecs sont parfois plus toniques et instructifs que les succès à répétition.»

Après la chanson, elle reviendra au cinéma en 1986. «Il y a deux ou trois choses qui sont en train de s'écrire pour moi.» Pour l’instant, elle passe son temps entre son appartement de Paris et la maison de campagne qu’elle a achetée dans l’Est, un vieux rêve de nature, d’isolement et d’espace enfin réalisé. A dix-neuf ans, elle se garde bien de se laisser griser. «Il faut se méfier du succès. Dans ce métier, tout est éphémère. Il est indispensable de le savoir afin d’éviter, si les choses ne marchent plus, de devenir un raté, un aigri. En même temps, il ne faut pas se laisser contaminer par cette peur du lendemain qui flotte en permanence.»Son refuse, sa citadelle, c’est sa vie privée, qu’elle tient soigneusement sous silence.

Et si les grandes douleurs sont muettes, les grands bonheurs, eux, s’expriment sobrement: «Je suis jeune, je suis riche, je fais ce que je veux et, surtout, ce que j’aime. Oui, j’ai une belle vie !»