du 05.10.2003
L'invitée de la semaine
Sophie Marceau Matin calme
Si la vie est une croisière, alors, celle de Sophie Marceau s'amuse. Depuis vingt-deux ans, de "la Boum" à "Belphégor", de "Fort Saganne" à "l'Amour braque", de "Braveheart" à James Bond avec "Le monde ne suffit pas", cette belle sirène nous a promenés sur tous les rivages de sa vie de femme.
Cette semaine, pour la première fois, elle aborde l'île de la réalisation en tenant la caméra pour "Parlez-moi d'amour", un long-métrage qui lui ressemble. Elle nous a ouvert son livre de bord.
Par Valérie Lejeune
Je voudrais une robe couleur de
lune, demandait Peau d'Ane à son terrible papa. Visiblement Sophie Marceau n'a pas besoin de formuler pareille requête: son tailleur connaît les bons fournisseurs. Ainsi arbore-t-elle aujourd'hui un gilet de soie nacrée que l'astre des nuits, s'il n'était aussi éloigné des biens terrestres, pourrait attaquer en plagiat. Elle a complété ce vêtement par une silhouette de jeune fille qu'elle pose mollement sur le canapé de son agent, au troisième étage d'un bel immeuble de l'avenue Rapp. Il y a trois mois naissait son deuxième enfant, une petite fille prénommée Juliette. Cette semaine, son premier long-métrage sortira en salle. Il s'appelle
Parlez-moi d'amour. Le rapport avec le tube de Lucienne Boyer n'est pas immédiat.
- Lorsque j'écrivais ce film, j'écoutais Fat Boy Slim ! fanfaronne-t-elle, avant de déposer les armes.
C'est un film qui parle d'amour, de plein d'amour. Celui des enfants, des parents, des couples, des hommes, des femmes, des gens seuls...
Et le rapport avec sa vie personnelle ? Il y a des similitudes, bien sûr. Le mariage avec un homme plus âgé, la séparation, récente dans les deux cas; mais lorsqu'on s'est dit que les premières œuvres sont souvent autobiographiques et que l'on n'abordera pas avec madame Marceau le chapitre du couple qu'elle forma naguère avec le réalisateur polonais Andrzej Zulawski, on se sent bien plus libre... et elle aussi.
Libre, par exemple, de raconter le plaisir avec lequel elle est passée derrière la caméra. Une joie douce, sans tambours ni trompettes. Après vingt-deux ans passés à écouter chanter les claps, Sophie Marceau ne s'est pas fait de cinoche.
- Je n 'ai pas eu le temps. C'est arrivé assez vite. Comme souvent dans ma vie, les choses lentes deviennent rapides. J'avais commencé à écrire, et puis Dominique Besnehar, mon agent, s'est enthousiasmé. Le script n 'était même pas achevé; il m'a dit:
«Il faut le faire tout de suite, c'est bien! » Alain Sarde a enchaîné, m'a fait confiance et, petit à petit, l'équipe s'est construite.
Et le trac ? Pour ça non plus, Sophie Marceau ne fait pas d'effets spéciaux.
- Il y a des moments moins agréables que d'autres. Celui, par exemple, juste avant de commencer le chantier, où l'on se dit qu'il y a tout à faire, à imaginer, à décider. Il faut trouver les acteurs, les décors, et l'on est dans un brouillard total. Comme on n'a pas encore toutes les données pour être précis dans ses réponses, on doute, on a peur.
On sait aussi, lorsqu'on a, comme elle, emprunté le nom d'un général, avoir le moral d'un soldat.
- Le cinéma, au fond, c'est très militaire. Il y a des échéances: huit semaines de préparation, neuf semaines de tournage, quatre pour monter, trois pour le mixage...
Certains dépassent. Pas elle. C'est une question d'honneur.
- Ça fait partie du sérieux d'une équipe. Ça coûte beaucoup d'argent de faire un film! Et puis, respecter les délais, ça permet de ne pas perdre le rythme, de réactiver l'énergie. Après tout, un tournage est une chose calibrée, pensée. Si tel plan est faisable en une journée, pourquoi ne pas respecter le programme?
Tout a l'air très simple auprès de cette grande fille calme. Elle prétend avoir voulu filmer la vie de gens normaux qui habitent un appartement comme vous et moi, se marient, font des enfants, se marrent, pleurent, bougent... Elle y a bien réussi. Ça n'a pas l'air de l'impressionner outre mesure. On cherche vainement ce qui, dans l'entreprise, aurait pu l'effrayer. Diriger des acteurs?
- Honnêtement, j'étais très à l'aise avec tout ça. D'abord, j'avais fait un court-métrage il y a six ou sept ans, et puis, jouer la comédie est un métier que je connais bien.
Pourrait-elle un jour y renoncer au profit de la mise en scène?
- Non. D'abord, il ne faut jamais rien abandonner. Et puis, ayant la chance de pouvoir choisir, je ne vais certainement pas brider cette liberté.
Et comme pour rassurer son auditoire, elle énumère les projets qui vont l'occuper dans les mois à venir. Il y a, l'an prochain, une comédie de Florence Quentin mise en scène par Diane Kurys, puis, vers Noël, un film de Rob Reiner qu'elle tournera à Los Angeles. Enfin, elle reviendra chez nous, là où, selon elle, les femmes sont les plus épatantes du monde.
Depuis quelques années, elle a eu la bougeotte. Entre une maison en Pologne, une pièce à Londres, un film de l'autre côté de l'Atlantique, on ne la voyait plus beaucoup dans nos bocages. Aujourd'hui, elle a envie de se poser, de retrouver sa langue, ses racines, ses papiers, ses impôts ?
- Oui, aussi... Finalement, je m'attache à eux..
C'est drôle, la vie...
Valérie Lejeune