n°46 - mai 1993
SOPHIE MARCEAU 27 ans, comédienne On parle de la Boum? Non. Trop loin. Plus rien à voir avec elle. L’ado à la moue boudeuse s’est depuis transformée en femme pulpeuse et volontaire, manageant sa carrière (ciné plus théâtre), ses amours (le cinéaste Andreï Zulawski) et ses hobbies (la défense des animaux, peinture, etc.) d’une main de cadre supérieur qui aurait un cœur. Le
Pygmalion, qu’elle vient de jouer au théâtre avec Lambert Wilson est symbolique de la métamorphose de cette (jolie) chenille devenue papillon, posé en douceur sur nos fantasmes. En la voyant, on ne sait décidément plus à quel sein se vouer.
Photo Philippe Robert
LUX, LE SAVON-STAR
Conçue au cours des années 20 dans les laboratoires britanniques des frères Leverl, cette savonnette serait-elle passée à la postérité sans sa stratégie publicitaire ? Lux est lancé aux Etats-Unis en 1925. Pain de savon blanc, il est promesse d’une pureté virginale. Quelques décennies auparavant, deux Américains avaient déjà imaginé une savon-nette blanche: Ivory... La trouvaille allait assurer, au panthéon des lessiviers, une place de choix à Harley et James (plus connus sous le nom de leur firme: Procter& Gamble). Ainsi est-ce sur fond de l’impitoyable concurrence que se livraient déjà les géants des détergents que Lux apparaît outre-Atlantique. Sa formule, enrichie d’huiles végétales, offre une mousse onctueuse. Et l’agence J.Walter Thompson préconise de faire appel à des vedettes de ciné délivrant un conseil de beauté: « Nous n’avons qu’une peau. Je conserve la mienne tendre et douce avec Lux. » (Brigitte Bardot.) Louise Brooks et Joan Crawford ouvriront en 1929 le bal. Depuis, ce ne sont pas moins de 1 500 actrices qui ont contribué faire de Lux « le savon des stars ». Une longévité exceptionnelle pour un concept qui sera décliné dans le monde entier. Pourquoi utiliser des stars ? Parce que le system n’a cessé de se développer et qu’il n’est plus une actrice digne de ce nom qui n’ait alors son fan-club. Adulées, leur beauté fait rêver. Entre le public et l’étoile inaccessible, Lux veut devenir le chaînon manquant. De Marilyn à Marlene, de Bette Davis à Mae West, le petit savon va toutes les conquérir. En leur offrant un rôle dans un « soap opéra » qui épouse la mythologie du cinéma, il joue malicieusement sur l’esprit de corps. Qui se jugerait indigne de figurer aux côtés d’Ava Gardner ou de Rita Hayworth ? Hormis Greta Garbo, personne n’osa. Car, si les actrices ont fait mousser la savonnette à ses débuts, c’est Lux qui, depuis, confirme les étoiles. Entrer dans cette famille ne se refuse pas. Ce qui explique aussi que les contrats, classés top secrets, ne portent pas nécessairement sur des sommes aussi élevées qu’on pourrait l’imaginer... « Neuf stars sur dix utilisent Lux », surait la première annonce de la marque. Elle n’est pas démentie. En 1982, Isabelle Adjani tournait aussi pour Lux... On ne lui jettera pas la pierre. C’est le contraire qui eût choqué ! Cette attachante saga de l’histoire de la publicité vouée à figer un istant les plus insaisissables comètes. Tel est le devoir de Lux au nom prédestiné, unité de mesure de la lumière...Tant qu'il y aura des stars.
OUVIER DARMON