Nous Deux n°1947 du 24 oct.1984

SOPHIE MARCEAU : « maintenant : prudence ! »

Et voilà ! Jeune, belle, sexy, elle fait des photos de mode. Elle a tourné Joyeuses Pâques avec Jean-Paul Belmondo. L’adolescence s’est achevée.SOPHIE MARCEAU ? Une star et un mystère. Comment cette petite fille a-t-elle su passer des deux Boums à Fort Saganne, puis à Joyeuses Pâques, avec Jean-Paul Belmondo ? C’est une question que l’on se pose.
Sur son visage, les rondeurs de l’enfance se sont affinées, le regard lui-même a changé. L’adolescente a disparu, laissant la place à une adulte, une jeune femme un peu grave mais rieuse aussi.
— J’ai vraiment eu de la chance, dit Sophie. Au début, j’ai pris tout cela comme un jeu. Dans La boum, je ne jouais pas, je m’amusais. Le simple fait d’avoir été choisie me paraissait tellement fou que je n’y croyais pas une minute. Le cinéma, dans ma vie, c’était un accident !
Un accident ? Voire ! Depuis qu’elle est petite, Sophie adore le septième art et la chanson. Papa et maman qui sont dans la restauration à Paris font confiance à leur fille pour être sage.
— J’étais plutôt raisonnable, c’est vrai. Mais j’allais au cinéma tous les mercredis et tous les samedis. J’adorais et j’adore toujours les comédies musicales. Avec toute une bande de copains; filles et garçons, nous courions les salles d’art et d’essai pour les voir et les revoir. En fait, on voyait aussi tout ce qui sortait.
Fort Saganne, deux mols de tournage dans le désert par 40° à l’ombre en costumes (robes longues et corsets). La petite Sophie étonne chacun par son professionnalisme. Gérard Depardieu la découvre et déclare voir en elle une comédienne de talent. Une star est née.Quand on disait à Sophie: Que veux-tu être plus tard ? elle répondait, avec un air gavroche: une star. Mais elle le pensait.
— Au début, répète-t-elle, je ne voulais pas y croire. Je me disais: ce n‘est pas sérieux. Je vais arrêter.
Après La boum 1, elle retourne en classe. Au lycée, elle est déjà une vedette et cela l’amuse plutôt.
En larmes, le soir des Césars: Je me suis rendu compte, avec le César du meilleur espoir féminin, que tout cola était sérieux, dit Sophie aujourd’hui.— Après, quand j’ai reçu le César du meilleur espoir féminin, les choses ont pris une réalité. J’ai eu peur. Je me souviens, ce n ‘est pas vieux, je sanglotais d’émotion, de trac. Je ne sais pas.
A partir de là, tout devient nettement moins simple:
— Les journalistes me téléphonaient à la maison, je n’avais rien à cacher et rien à dire. Aujourd’hui, d’ailleurs, je n ‘ai pas tellement changé, sauf que je sais mieux me protéger.
Elle s’est achetée un appartement, vit seule, mais revient souvent chez papa-maman. Elle dit qu’elle fait attention. Cela veut dire quoi ?
Avec Jean-Paul Belmondo et Marie Laforêt dans Joyeuses Pâques. Elle y incarne la maîtresse de Bébel qui tente de la faire passer, aux yeux de sa femme, pour une fille qu’il aurait eue jadis. En fait, une comédie échevelée et cocasse.— Je n’ai pas eu le temps d’être vraiment adolescente. Quand je vois des filles de mon âge, leur vie est à cent années-lumières de la mienne. Moi, j’ai déjà des préoccupations d’adulte. Quelquefois, c’est un peu lourd. Mais je ne peux pas me plaindre. Tout ce que je sais, c’est qu’il faut que je sois prudente. Ne pas me laisser piéger, ni griser.
Sur le tournage de Joyeuses Pâques, Sophie, moins timide au bout de quelques jours, manifestait une curiosité pour tout. Ici, elle essaie la caméra électronique.Elle réfléchit:
— II y a des vedettes qui n’ont pas supporté tout ce bruit, tout ce mouvement brutal dans leur vie.
Dans Joyeuses Pâques (adapté de la pièce de Jean Poiret), elle est la maîtresse de Jean-Paul Belmondo.
Elle précise: Jean-Paul Belmondo c’est vraiment une star, lui. Modeste Sophie et sage. Bien partie pour durer, changer, et lentement s’imposer parmi les têtes d’affiche de la nouvelle génération des comédiennes françaises.