Nous Deux n°1973 - 1985.04
Sophie Marceau se confie
SOPHIE MARCEAU sur tous les thèmes
Sophie Marceau est épatante parce qu’elle m’épate. Dix-huit ans, six films en boîte, un aplomb terrible, du sang-froid, de la sérénité, de l’humour, de la malice et, bien entendu, du charme. Tout, y compris de l’indépendance. Renversant. Et, en plus, elle raconte tout cela très bien. Alors, racontons-la sur tous les thèmes.
Sophie Marceau et sa carrière, fulgurante:
— Je ne me suis jamais dit: ça y est, je suis comédienne, mais plutôt: je veux faire ça... Ça a été une lente évolution. Je suis restée deux ans à ne rien faire entre
la Boum n° 1 et la Boum n°2... Pendant deux ans, j’ai repris une vie normale: l’école, et, quand je suis revenue pour
la Boum n°2, j’avais vieilli, et je me suis rendu compte que, pour moi, ce n’était plus simplement un amusement mais un travail... Et c’est quand j’ai connu ce côté travail que ça m’a vraiment intéressée. C’est à partir de ce moment-là aussi que j’ai eu des propositions et des responsabilités. Je me suis mise à lire des scénarios et à prendre des décisions... En plus, j’avais un handicap au début: j’étais jeune, j’avais fait deux films d’adolescents et, en France, on vous colle vite une étiquette sur le dos.
Sophie Marceau et ses parents:
— Ils ne m’ont pas aidée à mettre les choses en place dans ma tête parce que, pour mes parents, le cinéma, c’est quelque chose de lointain, d’intouchable, de dangereux aussi, mais ils m’ont équilibrée en restant eux-mêmes un point de repère par rapport à tout ce nouveau milieu avec lequel je faisais connaissance, luxueux, brillant...

Sophie Marceau et l’argent:
— Tout va bien, j’ai du fric, je vis bien, je crois à ce que je fais, à des valeurs, à des sentiments. Je sors très peu. Je ne veux pas me faire bouffer par le milieu du cinéma. Par ces gens qui exagèrent tout et qui ont une vie si vide... Ça, je crois que je le dois à mes parents. Ils tiennent une brasserie à Sceaux, ils travaillent beaucoup, et la belle vie, ils ne l’ont jamais connue. Quand j’ai commencé, ils m’ont mise en garde.

Sophie Marceau et l’amour:
— Pas question de me montrer nue pour n’importe quoi. Pour attirer mille spectateurs de plus, par exemple, c’est vulgaire et salissant. Mais dans le film de Zulawski, ça se justifiait. La scène d’amour est très belle. Plus sensuelle que sexuelle. Je tiens à rester quelqu’un de propre dans ma tête.
Sophie Marceau et la notoriété:
— Tout dépend de quoi on parle. Si vous pensez à ces gens qui vous reconnaissent dans la rue, ce n’est pas désagréable, j’aime ça, même. Ils ont le droit, après tout, ils paient trente francs pour me voir... Si vous faites allusion à un changement de vie plus profond, je suis ravie parce que je mène une vie que j’aime malgré la difficulté d’être jetée très jeune dans le monde des adultes... Mais je crois que j’aime ça. Quand j’étais petite, je n’ai jamais rêvé d’être comédienne mais je n’ai jamais rêvé non plus d’être vendeuse de Monoprix ou quoi que ce soit. Je ne rêvais à rien, j’avais des idées d’indépendance, j’attendais, j’attendais, je me disais que quelque chose allait se passer.


Sophie Marceau et l’avenir:
— Je n’ai pas encore assez de passé pour pouvoir vraiment me rendre compte de ça. Ça fait peur, et je ne veux pas tomber dans ce piège. C’est pour ça que j’essaie de me convaincre de la nécessité d’avoir une vie en dehors du cinéma, d’avoir mon jardin secret, mes réserves personnelles... J’observe les gens, je les regarde et je me dis qu’on n’est à l’abri de rien, qu’il faut assurer dès le départ. Il faut avoir son quant-à-soi, ne pas vivre dans un rythme infernal «tournage-tournage-tournage» en se perdant dans une fuite en avant... Là, par exemple, ça a été dur d’enchaîner le film de Pialat tout de suite après celui de Zulawski. Il faut avoir un moment de répit pour se recharger... Faire des choix, c’est ce qu’il y a de plus dur.»
C’était l’autoportrait d’une jeune star d’aujourd’hui. Une jeune star impeccable.