n°2214 du 25 janvier 1994

SOPHIE MARCEAU
La fille de d'Artagnan, c'est elle !

Elle tourne peu, mais chacun de ses films est un événement: un an après Fanfan, le film d’Alexandre Jardin qu’elle interprétait avec Vincent Perez, elle se lance dans une fresque historique. Elle sera la fille de d’Artagnan dans le long métrage que tourne en ce moment Bertrand Tavernier.

Cette fille est vraiment bourrée de talent: à treize ans, elle débutait au cinéma dans La boum. Deux ans plus tard, elle raflait le césar du meilleur espoir féminin. Au théâtre, elle a obtenu le molière de la révélation féminine pour son rôle dans Eurydice et, l’an dernier, elle a magistralement campé le rôle principal de Pygmalion face à Lambert Wilson.
Dans la vie, Sophie Marceau est aussi une sacrée bonne femme qui n’hésite pas à s’engager pour des causes qui la sensibilisent: elle mène un combat farouche en faveur des animaux (elle a d’ailleurs reçu la médaille d’or de la SPA l’année dernière), se mobilise pour les enfants malades (avec l’association Arc-en-ciel qui s’efforce de réaliser leurs souhaits), a accompagné la délégation française lors du voyage du président de la République à Séoul et s’est révélée en juin dernier une parfaite présidente du festival du Film de Paris pour la jeunesse.

• La Marianne idéale
« Certains pensent qu’un artiste doit fermer sa gueule, explique-t-elle. Moi, j’ai constamment envie de l’ouvrir ! Je ne suis jamais satisfaite de ce qui se passe. Le monde qui m’entoure m’intéresse. J’écoute, je suis curieuse, j’observe.» Mais attention ! pas question d’associer ce franc-parler à un engagement politique: « Parce que je m’occupe d’animaux, on a dit que j’étais écolo, raconte la comédienne. Je ne le suis pas. Chaque parti devrait intégrer l’écologie dans son programme. Mais je n‘ai jamais été militante. Je suis juste une petite Française qui ne veut pas se taire quand on la touche ! » Un discours qui plaît aux Français: ils sont 31 % à l’avoir plébiscitée comme la Marianne idéale !
Dotée d’un sacré courage, elle n’hésite pas à payer de sa personne pour incarner ses personnages. Pour jouer celui de Fanfan, qu’on voit faire la roue et pratiquer le trapèze, elle n’a pas hésité à passer deux mois dans l’Ecole du cirque d’Annie Fratellini. Pour La fille de d’Artagnan, elle a subi six semaines d’entraînement à cheval sous la houlette du dresseur Mario Luraschi. «C’est une vraie cavalière, affirme ce dernier. Elle possède un certain sang-froid et sait faire preuve de calme et de fermeté. Elle est exceptionnelle. C’est une fonceuse.»
De l’apprentissage de l’équitation, Sophie est passé à celui de l’escrime. «L‘air de rien, c’est lourd, une épée, avoue-t-elle. Je me devais d’être crédible. Mais j’étais motivée. Et quand j’aime, j’y vais !» A peine son entraînement terminé, Sophie a filé au Portugal retrouver l’équipe de tournage: Bertrand Tavernier, qui a remplacé Riccardo Freda, le réalisateur initialement prévu, Philippe Noiret (d’Artagnan), Sami Frey (Aramis), Jean-Luc Bideau (Athos), Raoul Billeret (Porthos), Charlotte Kady (Eglantine de Rochefort) et Claude Rich (le duc de Gressac). «Depuis des années, je rêvais qu’on me propose un film d’action, soupire Sophie. Il y a longtemps que je ne m’étais pas autant amusée. Un film en costume d’époque, cela va faire plaisir à ma mère. Maman adore me voir dans de belles robes. Elle a toujours rêvé, pour une scène, que je danse la valse dans une superbe toilette. »

Maman, un rôle en or

Sophie, elle, rêve aujourd’hui de rôles à sa mesure. «Les réalisateurs, je crois que je leur ai beaucoup donné, affirme-t-elle. Maintenant, j’aimerais qu’ils m’écrivent des rôles au lieu de me demander seulement de faire “leur” film.» La comédienne garde la nostalgie de films comme L’amour braque ou La note bleue, qu’elle a tournés avec Zulawski. «Ce sont les seuls que je peux revoir avec le temps, confie-t-elle. On se dit qu‘on ne doit plus travailler ensemble parce qu’on fait des échecs commerciaux terribles. On avait pourtant deux beaux projets: La météore et Jeanne d’Arc.» Des projets, Sophie n’en manque pas, et, parmi ceux qui lui tiennent le plus à cœur, il y a le désir d’avoir un enfant. «J’aimerais à mon tour fonder ma propre famille, avoue-t-elle, donner la vie à un être nouveau, le découvrir en tant que personne, l’aider à ne pas perdre trop de temps dans l’existence, c’est passionnant.» I.B.

Ses retrouvailles avec Philippe Noiret
Au cinéma, ce n’est pas la première fois que Sophie Marceau a pour «père» Philippe Noiret. Dans Chouans! de Philippe de Broca, les deux comédiens étaient déjà unis par de tendres liens parentaux. Philippe Noire n’en est pas non plus à sa première adaptation d’un roman d’Alexandre Dumas: il avait déjà joué dans Le retour de mousquetaires, un film de Richard Lester, dans lequel il interprétait le rôle de Mazarin.