
Rares sont les occasions dans une époque où le malheur et le fiel tiennent lieu d'inspiration, d'entrevoir un récit contemporain basé sur la tentative d'être heureux. Entrevoir est bien le mot puisqu'en deux heures passées sur le plateau le plus fermé de Paris, il est difficile de se faire une idée. N'empêche, déjeuner sur le tournage avec Sophie Marceau, Vincent Pérez et Alexandre Jardin, soixante-dix ans à eux trois, c'est déjà prendre un bain de jouvence. "Fanfan" sera un film d'amour sur l'amour. Vous trouvez ça nunuche? Menteurs! Vous en rêvez! L'histoire de "Fanfan", celle d'un garçon de vingt-cinq ans qui décide de résister au désir que lui inspire une fille superbe et changeante, véritable incarnation de toutes les féminités, ne peut que vous attirer, comme elle a déjà enchanté les centaines de milliers de lecteurs du roman. "Cette histoire est un défi à la peur de tomber dans des habitudes amoureuses", entame Vincent Pérez qui, là, fera penser au Delon des temps de grâce. Il semble ravi de jouer enfin un personnage de son époque: "Bizarrement, on m'a toujours fait voyager dans le temps. C'est peut-être une question de physique, ou bien la connotation théàtrale, mais je n'avais jamais eu à défendre un rôle contemporain au cinema." Sophie Marceau, dans ce film, sera somptueuse. "Fanfan est avant tout une personne libre, précise-t-elle. Elle vit dans le monde du cirque. Elle n'a peur ni de la vie ni de la vie de couple." Quant à Alexandre Jardin, à mille lieues de s'émouvoir des rivalités qu'ont pu susciter ses bonheurs littéraires, ou ce premier passage à la mise en scène, il exulte du plaisir de voir son couple-vedette s'approprier son histoire. "J'ai eu le bol de bosser avec des acteurs intelligents. J'étais parti sur un film davantage basé sur une vision de mec. Les discussions avec eux rendent le film plus subtil. Notamment, grâce à Sophie, et à sa vision féminine des choses... Je suis essentiellement là pour les rendre heureux de tourner ensemble, et ils le sont. Pas pour satisfaire ma libido. Vincent ne savait pas qu'il pouvait faire rire aux éclats. Quand il embarque Fanfan à Vienne, vous verrez, il est ahurissant... Quant à Sophie, elle est une femme qu'on épouse sur-le-champ!"...
C'est elle qui, dès le départ, avec Alain Terzian le producteur, a cru en Alexandre Jardin, tout indiqué pour mettre en scène son propre roman. Il y a un an et demi. Alexandre lui-même avait ri au nez du producteur lorsqu'il lui fit cette proposition! Sophie Marceau précise:
«Alexandre a fait un petit discours pour tout le monde au début du tournage pour dire: "A tous ceux qui veulent m'apprendre des choses... welcome!" A partir de l'instant où il a sa vision personnelle du film, et que personne ne peut la lui prendre, il peut apprendre de tout le
monde.» Et Vincent Pérez, complice, d'ajouter: «Souvent les metteurs en scène se réfugient derrière un acquis, une expérience. Or là, il y a naturellement un échange, un vrai
partage.»
De fait, en les voyant là tous les deux, Vincent Pérez et Sophie Marceau, couple idéal, on ne peut que souscrire à cette remarque du jeune Jardin:
«Mais, honnêtement, pour quelles obscures raisons n'y a-t-il pas déjà au moins quarante metteurs en scène qui les ont fait tourner ensemble ces deux-là ? Pourquoi a-t-on toujours placé Vincent et Saphie dans des bras qui avaient vingt ans de plus
qu'eux?»
Ce jour-là, on tournait un trucage délicat: l'explosion d'un miroir dans lequel Alexandre - c'est le nom du héros -précipite un tabouret. Et l'apparition, en lieu et place, de Fanfan en déshabillé ravissant. Convocation magique et spontanée de l'image-même du bonheur... Allez, tournez, caméras, l'attente de "Fanfan" devient insupportable!