Télé 7 Jours n°1480 du 08.10.1988

SOPHIE MARCEAU "JE MARCHE AU COUP DE CŒUR"

La lycéenne de «La Boum» est devenue «L'Etudiante», l'héroïne du nouveau film de Claude Pinoteau. «Mais attention, prévient-elle, ce n'est pas du tout une suite. J'ai simplement aimé ce personnage et j'ai très vite accepté de le jouer.» Elle tourne déjà «Mes nuits sont plus belles que vos jours», de Andrzej Zulawski.

Vincent Lindon et Sophle Marceau sont Edouard et Valentine. Elle prépare l'agrégation et gagne sa vie comme professeur de français dans plusieurs CES, le jour. La nuit, il fait de la musique. Ils vivent un amour fou.Elle a retrouvé ses cheveux en bataille et un minois type de son âge. A 13 ans, elle était Vic, la lycéenne de «La Boum». A 21 ans1 elle est «L'Etudiante», Valentine, qui rencontre l'amour fou à la veille de passer son agrégation. Parcours apparemment normal mais qui fait un peu figure de retour au bercail. Du moelleux canapé où elle avait lové sa fatigue, la voici qui sursaute et s'anime: «C'est tout de même un peu fort ! quoi que je fasse, on a tendance à me critiquer. Je tourne des films d'auteurs, on me reproche de tourner le dos au public qui m'a aimée dans «La Boum». Je tourne de nouveau avec le même metteur en scène (Pinoteau), sur un scénario du même auteur (Danièle Thomson), et on me reproche de chercher à faire du commercial! Comme si on choisissait aussi facilement ce qu'on veut faire dans ce métier! Les raisonnements, on les fait souvent après. Pour répondre aux questions ou aux critiques. Moi, je dis oui ou non à ce qui se présente. Selon que le personnage, le script et le metteur en scène me paraissent intéressants ou non. Mais prétendre que je renoue avec l'équipe à qui je dois ma notoriété pour renouer avec le succès, quelle bêtise ! Comment peut-on en être certain ? Et puis, si avec cette équipe-là je fais un bide, ce sera beaucoup plus grave pour moi. En choisissant d'être Valentine, j'ai pris des risques. Des risques mesurés, soit. Car Valentine est un personnage très actuel et très vrai, parce que les rapports qu'elle entretient avec Edouard m'ont paru à la fois justes et délicats; parce qu'enfin les dialogues sont très bien écrits et parce que j'ai été touchée par l'histoire. Mais qu'on vienne me dire que «L'Etudiante», c'est ni plus ni moins «La Boum» n°3, cela m'exaspère. Je n'aurais pas accepté si cela n'avait été que cela ! Je n'ai pas besoin de renouer avec quoi que ce soit.» 
Elle est bien loin la petite Sophie qui a rencontré les caméras avant d'avoir vraiment envie de faire du cinéma. «Le hasard, je crois qu'on le provoque. Le cinéma m'est arrivé à une époque de ma vie où j'avais cessé d'être heureuse, d'être une enfant et où je languissais de devenir adulte. «La Boum» n°1 m'a fait sauter une étape.»

En Sorbonne, Valentine, héroïne de «L'Etudlante», prépare son agrégation. Un rôle de composition pour Sophie.Après son premier film, elle a pensé continuer ses études. «Pas par passion, simplement parce que je ne savais pas trop quoi faire d'autre. Le second film est arrivé, j'ai arrêté. En seconde, et sans regret. La seule chose qui m'intéressait, la littérature, on l'enseignait de façon trop superficielle pour que je puisse vraiment me passionner. Mais j'admire les profs qui, comme Valentine, ont de l'humilité devant la vie et n'ont pas honte de n'avoir que des ambitions humbles et humaines. Ce que j'ai perdu, je le récupère aujourd'hui, en lisant, en allant voir des expositions. Le cinéma m'a fait grandir différemment.» Mais pas moins douloureusement qu'il ne fait, d'ordinaire, grandir les petites filles. «Quand on fait un métier public, on demande de l'amour et on se doit d'y répondre, j'en suis consciente. A cause de Vic, on a imaginé que, moi aussi, j'étais une jeune bourgeoise. Mon père à l'époque était peintre en bâtiment, ma mère vendeuse et j'habitais la banlieue. Comme j'étais trop aimée, je me raidissais, affolée, et l'on m'a dit prétentieuse; comme je doutais de moi, on m'a traitée d'idiote; comme je me défendais, on m'a crue agressive. Tout n'est pas toujours si facile...
«Aujourd'hui, j'ai moins peur de m'exposer. Je n'ai plus honte d'être ailleurs que là où l'on pourrait m'attendre.» 
C'est pourquoi, sans doute, ceux qui seront ravis de retrouver, dans «L'Etudiante», la Sophie Marceau fraîche et saine de «La Boum», seront encore surpris par le film qu'elle commence à tourner à Biarritz, sous la direction de son metteur en scène de «L'Amour braque», Andrzej Zulawski, d'après le roman de Raphaëlle Billetdoux, «Mes nuits sont plus belles que vos jours». L'histoire de trois jours et trois nuits dans l'histoire d'un couple dont Zulawski, pour son scénario, n'a gardé que la trame.A Cabourg, avec Andrzej Zulawski, dont elle va jouer «Mes nuits sont plus belles que vos jours».

Il y a tout juste un mois que le film s'est vraiment décidé. Aussi, quatre heures par jour, la jeune actrice travaille-t-elle l'expression corporelle sous la direction d'Armelle Zbrair. «On a dit aussi que j'étais très sportive. Encore une légende. Entre deux films, je ne fais rien. Un mois avant de tourner, je m'y mets avec frénésie. Jogging à cinq heures du matin, kilomètres en piscine, trapèze, j'ai tout essayé. Dans ma vie professionnelle, comme dans ma vie privée, je suis incapable de planifier. Je fonctionne au coup de cœur. Mais quand j'ai une bonne motivation, je suis capable de me défoncer.»

Martine Bourrillon