Télé 7 Jours n°1932 du 07.06.1997

Une nouvelle Anna Karénine. Brûlante !

Sophie Marceau   A coeur perdu

Son fils, Vincent, la rend solide. Elle l'avait emmené à Saint-Pétersbourg, pour le tournage d'«Anna Karénine». Si belle et si aimée, Sophie Marceau ne se sent pas moins fragile et solitaire. Jet star et maman attentive, elle se livre avec franchise à «Télé 7 Jours».

Comment voyez-vous l'héroïne de Tolstoï qui, à votre âge, 30 ans, vit une passion destructrice ?
Anna vit heureuse dans la haute société avec un mari et un enfant. En un regard, elle plonge dans une passion terrible pour un autre homme. Sa folie, c'est d'avoir fait un choix de légèreté qui ne lui ressemble pas, d'avoir laissé son instinct dominer son destin. Comme elle donne énormément de poids aux choses, elle va le payer très cher. Sa seule décision intime, c'est de se suicider.

Vincent, 2 ans, la suit partout. Son père vit en Pologne... Sophie, elle, est "complètement perdue".Mel Gibson, qui vous avait choisie pour «Braveheart», est le producteur d'«Anna Karénine». Lui devez-vous votre rôle ?
Indirectement. Nous nous étions perdus de vue puis retrouvés un jour par hasard, à Paris. Il m'a parlé de ce projet. Je connaissais très bien le roman et rêvais secrètement depuis longtemps de ce rôle. Je lui ai demandé - c'était la première fois que ça m'arrivait - de parler de moi à son metteur en scène, Bernard Rose. Il m'a répondu qu'il ne voulait pas peser sur son choix. Je lui ai dit: «Mais il aura une possibilité de moins s'il ne me voit pas.» Je n'ai pas eu de nouvelles pendant plusieurs mois mais je savais qu'il ne trouverait pas d'autres actrices pour être Anna.

Quand s'est-il décidé ?
Nous nous sommes rencontrés à Londres où je tournais «Firelight». J'étais toute seule avec mon fils dans une grande maison. Je m'étais convaincue que je ne voulais plus faire le film. Le livre me semblait trop important, le risque de me planter, trop grave. Je n'ai donc pas du tout essayé de le séduire, au contraire. Une semaine plus tard, il me proposait le rôle.

Aviez-vous vu la version de 1935 avec Greta Garbo ?
Oui, il y a huit ans, en cassette. J'ai un tel sentiment de familiarité avec ce personnage, j'ai voyagé avec ce fantôme si longtemps que je ne me suis sentie ni en compétition ni devancée... C'est étrange.

Vous avez tourné trois mois à SaintPétersbourg, la ville où se situe l'action du roman. Comment viviez-vous ?
A l'hôtel avec mon fils, Vincent, et la nounou. On faisait la cuisine dans la chambre, c'était le campement. J'ai hésité à partir avec lui. En fait, c'est impossible de se séparer de son enfant entre 6 mois et 1 an. C'est l'âge où il se développe affectivement. Et s'il est éloigné de sa mère, même quelques jours, les conséquences peuvent être très graves. J'ai parlé à des médecins, à ma grand-mère, à ma mère, tous m'ont conseillé de le garder avec moi ou de ne pas faire le film. Je lui ai donc consacré beaucoup de temps. Nous allions au parc et sa vie n'a pas changé, mêmes horaires, même nourriture qu'ici.

Sophie Marceau a tourné trois mois dans les plus beaux palais de Saint-Pétersbourg, la ville où se situe l'action du roman de Tolstoï.Vous avez immédiatement enchaîné avec «Marquise», autre héroïne, danseuse, courtisane, actrice du Grand Siècle...
Oui, et c'est l'expérience la plus difficile de toute ma carrière. La seule chose qui m'a soutenue, c'est le rôle. Cette actrice, maîtresse de Racine, marquise, surnommée la Du Parc, c'est un tempérament, un destin. Mais je ne me suis pas du tout entendue avec le metteur en scène, Vera Belmont. Cela fait trente ans que j'essaie de me construire, je n'allais pas m'abandonner à quelqu'un qui ne maîtrisait pas son film.

Anna Karénine va abandonner mari et enfant pour le comte Vronski, interprété par le très beau Sean Bean.Andrzej Zulawski, le père de votre fils, vit beaucoup en Pologne, vous avez un appartement à Paris, vous tournez dans le monde entier, comment vous organisez-vous ?
Pour tout vous dire, je suis complètement perdue. Je ne sais plus où vivre, comment, et ce qui va se passer. Tout s'est accéléré ces deux dernières années. Mon petit garçon est né, je suis partie tourner trois mois en Angleterre, revenue un mois à Paris, trois mois à SaintPétersbourg, deux mois à Paris, trois mois en Italie, plusieurs séjours en Pologne où je parraine une association. Un voyage au Japon pour Guerlain, aux Etats-Unis pour «Anna Karénine», qui est déjà sorti, les post-synchros! Je suis habituée aux sensations fortes, aux douches froides qui stimulent mon énergie.

Arrivez-vous à protéger votre vie de couple ?
Dans ma vie, à 51 %, il y a ma famille, mon couple, notre enfant et tout ce qui se passe à l'intérieur de ce clan. Pour moi, c'est la priorité, le repère. Ce qui aura toujours raison. Et même si parfois j'en doute, le temps m'a prouvé que c'est là où on réalise les plus belles choses, là où on est le moins seul.

«Je suis sûre que notre couple va durer toute la vie. C'est difficile, mais j'essaierai d'être une exception.» Vous croyez à l'amour pour toute la vie ?
Pour la vie et même après. Mais un couple doit évoluer ensemble sinon il meurt. Il faut se faire confiance, que la relation soit assez compliquée pour la remettre en question même si c'est douloureux. Les vies doivent s'additionner, non se soustraire, l'enrichissement de l'un est tout bénéfice pour l'autre, ça fait des plus et des plus et des plus.

Avez-vous peur du monde qui attend votre fils ?
Je n'ai pas peur pour lui parce que je l'arme. Je veux qu'il comprenne tout, qu'il connaisse tout. Je lui parle 24 heures sur 24, je lui explique l'eau qu'il boit, le bouton de la radio, la laine qu'il porte. Et tout l'intéresse. Je ne veux pas que la société le fabrique. Je m'en charge.

Cérémonie du thé, danses traditionnelles, Sophie, qui présentait son film «Anna Karénini», a voulu tout voir du Japon qu'elle adore.   Sophie a été reçue comme la super star qu'elle est. Palace, limousine et invitation à la cérémonie de la Japan Academy Award: les Oscars Japonais.      Sophie a posé à Tokyo pour les plus grands magazines féminins avec les meilleurs photographes.   Depuis «La Boum», Sophie a rencontré des femmes de tous horizons qui l'avaient vue dans des émissions de télé de NHK.   
Danielle Sommer, photos Hamshereken-Rober / Sygma



La scène de l'hippodrome, où Anna (Sophie Marceau) se trahit devant son mari (James Fox).ANNA KARENINE    LES MALHEURS DE SOPHIE

Saint-Pétersbourg, 1880. Jeune épouse d'un haut fonctionnaire quinquagénaire, Anna Karenine s'éprend du comte Vronsky et cette passion va, peu à peu, détruire sa vit.. Cette cinquième adaptation à l'écran, au moins, du roman de Tolstoï bénéficie de tous les avantages d'un tournage en Russie, sur les lieux de l'action. Le réalisateur Bernard Rose est anglais comme la plupart des interprètes, sauf Sophie Marceau qui n'a pas craint de succéder à Greta Garbo et à Vivien Leigh dans le rôle très balisé d'Anna. Exercice dont elle se tire d'ailleurs tout à son honneur, souvent émouvante fâce à un Seau Bean dont la fadeur convient au personnage du veule Vronsky. Plus intéressant, parce que le plus complexe, est le témoin narrateur Lévine, une composition remarquable d'Alfredo Molina. Pour le reste, ce fllm bien léché est du niveau de l'illustration honorable mais il n'impose jamais le sentiment d'une véritable nécessité.

L'héroïne d'«Anna Karénine» a été présentée à l'élite d'une école d'arts martiaux et s'est régalée de poisson cru.