Télé 7 Jours n°2210 du 05.10.2002
Sophie Marceau "Je ne suis pas une femme facile"
A 36 ans, "la petite fiancée des Français" sort son premier film en tant que réalisatrice («Parlez-moi d’amour», le 9 octobre). Une plongée dans l’intimité d’un couple finissant. Une histoire très personnelle. Confidences d’une femme secrète. Et vraie.
A quelques jours de la sortie de «Parlez-moi d'amour», craignez-vous le jugement du public ?
C'est vrai que ce n'est pas l'épreuve la plus sympathique. Mais le film est fait. Il s'en est allé de moi, il sera bientôt dans la rue. C'est quelque chose qui ne m'appartient plus. Moi, je pense que c'est un film inoffensif et vrai. Je veux que les gens le voient parce que je pense que c'est le cinéma qui regarde les gens, qui leur montre ce qu'ils sont.
Et l’opinion du milieu du cinéma?
Pas vraiment, ce n'est pas cela le plus important. Et puis je viens déjà d'être récompensée par le prix de la mise en scène au festival de Montréal. Le jury était composé de cinéastes, dont Nina Companeez. C'est plutôt encourageant, non?
Justine, que joue Judith Godrèche, décide de prendre sa vie en main, refuse de se consumer dans un amour finissant et met à la porte Richard son compagnon (Niels Arestrup), père de ses enfants et écrivain reconnu. Cette histoire, c'est un peu la vôtre?
C’est vrai qu’il y a beaucoup d’éléments autobiographiques, c’est même cela qui la rend crédible. Mais c’est surtout une parabole sur LE couple par excellence. Je voulais saisir ce moment de la séparation. Dans le film, elle intervient un jour comme un autre. Et le lendemain, la vie reprend son cours. Lui, on imagine qu’il va continuer à écrire et donner naissance à une œuvre. Mais ils continuent à vivre. Si on se sépare pour mourir, autant mourir ensemble.
Est-ce qu’Andrzej Zulawski, le père de Vincent, votre fils, a vu le film ?
Non. Mais il vient de me téléphoner et de me féliciter pour le prix de la mise en scène dont je vous parlais.
Judith avait déjà joué dans «L’Aube à l’envers», votre premier court-métrage en 95. Qu’est-ce qui vous attire chez cette comédienne?
Nous n’avons pas les mêmes origines sociales, mais nous partageons beaucoup de points communs. Je l’avais repérée dans «Paris s’éveille» d’Olivier Assayas. Elle avait un truc. La grâce. Au-delà d’une certaine ressemblance physique, je l’apprécie autant pour ses qualités d’actrice que pour la façon dont elle se protège. Il y a chez elle de la retenue et, en même temps, on la sent capable de tout. C’est quelqu’un qu’on a envie de creuser, dont on a envie de connaître les secrets.
Il paraît que votre mère aurait préféré de très loin vous voir présenter la météo plutôt que jouer la comédie. Vous le saviez ?
Non, elle ne me l’avait jamais dit. Mais elle désespère aussi de me voir un jour en robe blanche, à l’église ou à la mairie.
Vous n’avez pas eu la tentation de faire jouer à votre fils, Vincent, l’un des enfants du film ?
C’est une fiction. Je n’ai même pas eu envie de le lui proposer. Il fait juste une petite apparition lors de la scène d’anniversaire d’un des enfants de Justine et Richard.
Dans le dossier de presse, vous dites avoir envie aujourd’hui de vous "marrer". Cela signifie-t-il jouer dans des comédies ?
J’ai dit ça? C’est vrai que je n’ai que des comédies en projet, une avec Florence Quentin qui avait écrit Tatie Danielle et l’autre aux États-Unis avec Rob Reiner. Mais je n’ai pas de nouvelles des Américains.
Le nouveau James Bond sort début décembre...
Ah, j'ai très envie de le voir! Ça a l'air de déménager. Je ne sais pas comment ils font mais, à chaque fois, ils arrivent à surprendre.
(Une sonnerie de portable l'interrompt. Sophie s'excuse et décroche aussitôt. Elle se met à parler en polonais. Elle s'inquiète pour le sommeil de sa fille, Juliette.)
Vous n'avez pas la réputation d'être une actrice facile.
Je ne suis pas une fille facile non plus.
Vous ne craignez pas, après vos démêlés avec plusieurs réalisateurs, que maintenant ils se méfient encore plus de l'œil critique d'une comédienne
réalisatrice?
Qu'ils se rassurent, j'ai exorcisé mes envies pour quelque temps et puis, sans vouloir me comparer à lui, le cinéaste John Huston n'était-il pas aussi génial comme acteur dans «Chinatown» de Roman Polanski ?
Est-ce que vous comprenez et admettez la fascination du public pour votre vie ?
Les gens m'ont vue grandir. Je pense qu'ils ont une certaine affection pour moi. Je reste pour beaucoup «la petite fiancée des Français». Et puis ma vie ne défraie pas la chronique...

La rumeur vous dépasse pourtant, parfois. Regardez Jean-Marie Messier au printemps dernier. Alors P-DG de Vivendi, il a bien été obligé de démentir une
prétendue liaison...
En général, je m'en fous.. Mais là, c'était embêtant, surtout que j'étais enceinte à cette époque. J'ai pris mon téléphone et je lui ai demandé de faire le nécessaire.
Et lorsque des potaches fans de cinéma vous décernent par dérision le «Brutus» de la meilleure comédienne pour «Belphégor», cela vous amuse ?
Je ne sais pas très bien ce que représentent ces gens, mais j'ai reçu par la poste un joli diplôme accompagné d'une petite boîte de concentré de tomates. Je pense que c'était censé représenter un trophée. J'ai trouvé cela plutôt drôle. Et puis la sauce tomate, c'est bon avec les spaghettis.
X-FILES ET NINA COMPANEEZ
«La télévision n'est pour moi qu'un simple objet domestique. Je la regarde peu, je préfère lire. Quand elle est allumée, je m'en sers comme d'un aquarium. Je pourrais aussi acheter ces cassettes qui diffusent en permanence des images d'un feu de cheminée. De toute façon, je suis une handicapée de l'électronique. J'ai le même poste depuis quinze ans. Quand je zappe, après avoir couché mes enfants, je grappille un peu de Capital sur M6, quelques infos sur LCI, ou je m'intéresse à la vie des stars en regardant où vit Céline Dion dans Sagas, sur TF1. Quant à faire de la télé, bof ! A moins que ce ne soit pour Nina Companeez, ou encore pour la série X-Files. Je me serais bien vue dans le rôle de Gillian Anderson.»
Interview Frédérick Rapilly - Photos Télé 7 Jours / Christophe Aubert