Télérama n°2673 - 4 avril 2001

Belphégor

Jean-Paul Salomé adapte le feuilleton télé culte des années 60. Mais le mystère est éventé.

« Belphégor » reste un mot de passe magique. Prononcez le nom: une image surgit. Dans son ample robe et sous le masque de cuir, le fantôme du Louvre vous fixe de son regard terrible. On en connaît qui avaient les chocottes quand le spectre maléfique prenait possession de leur poste 819 lignes. C’était la préhistoire de la télé. Du spectacle populaire comme on n’en fait plus, mais comme on en redemande volontiers. C’est le calcul qu’ont dû faire Alain Sarde, producteur, et Jean-Paul Salomé, réalisateur, en échafaudant ce Belphégor 2000, attendu comme l’un des «gros»films français de la saison.
Retour, donc, sur le lieu de tous les crimes... Lisa (Sophie Marceau), une jeune femme qui, de sa fenêtre, a vue imprenable sur la Pyramide (la veinarde...), pénètre un soir, par hasard, dans le chantier qui s’étend sous le Louvre en pleins travaux, et se retrouve à l’intérieur même du musée. Pas n’importe où: à proximité du laboratoire où une éminente égyptologue (Julie Christie) a entrepris d’identifier une momie au pedigree plus qu’énigmatique. Bien entendu, entre la momie mystérieuse et l’héroïne trop curieuse, le lien va être décisif. Et un esprit aussi volatil qu’invisible (sauf pour nous) va s’employer à faire les quatre volontés de l’une en bouleversant l’existence de l’autre. Dès lors, les plus troublants phénomènes et, surtout, des morts violentes inexplicables se reproduisent, nuit après nuit, dans le musée.
Deux tourtereaux contrariés: Lisa (Sophie Marceau) et Martin (Fréderic Diefenthal).A première vue, cela ressemble, pendant un moment, au traditionnel — et pas désagréable — millefeuille feuilletonesque. Mais Jean-Pierre Salomé et Jérôme Tonnerre, son coscénariste, ont cherché à «moderniser l’action». Le risque, c’était de perdre la magie simple, au premier degré, de l’original. Cette magie, de fait, n’est pas au rendez-vous. Il y a de tout, un peu. Un soupçon d’angoisse à la première apparition furtive de la fameuse silhouette. Une touche de suspense quand le premier gardien de nuit est supprimé. Puis le film enchaîne des épisodes soigneusement étiquetés. On y acquiert, au passage, quelques notions élémentaires —quoique emberlificotées — d’égyptologie. On y suit l’idylle forcément contrariée de Lisa, tourneboulée par les forces maléfiques, et de Martin, un petit gars sympa et débrouillard (Frédéric Diefenthal). A mi-parcours, l’enquête est reprise par un vieux flic à la retraite (Michel Serrault), le genre revenu de tout mais à qui on ne la fait pas.
A aucun moment, ces péripéties ne font jaillir de réelle surprise. Elle ne viendra pas davantage des effets spéciaux, déjà beaucoup vus ailleurs. Manquent l’audace visuelle et la tension dramatique qui auraient pu faire décoller ce Belphégor-là vers sa destination naturelle: le fantastique. La seule étrangeté du film, finalement, c’est, de bout en bout, son caractère lisse. Atone. Salomé, en revanche, a pu tourner à sa guise dans tous les recoins du Louvre. Il montre de manière intéressante l’envers du décor. Outre ses salles d’exposition plongées dans la pénombre, on découvre, au fil de l’action, ses sous-sols labyrinthiques, ses labos ultramodernes, ses réserves de tableaux, ses combles... Le Louvre en vedette, ça ne peut pas nuire à la carrière internationale du film. Sa visite inopinée, sur les traces du fantôme, aide, au moins, à tromper l’ennui.
Jean-Claude Loiseau

Français (1h37). Réalisation: Jean-Paul Salomé. Scénario: Jérôme Tonnerre, J.-P. Salomé, d’après l’œuvre d’Arthur Bernède. Image: Jean-François Robin. Avec: Sophie Marceau (Lisa), Frédéric Diefenthal (Martin), Michel Serrault (Verlac), Julie Christie (Glenda Spender), Lionel Abelanski (Simonnet), Jean-François Balmer (Bertrand Faussier). Prod.: Les Films Alain Sarde. Distr.: Bac Films.


La Fidélité

Film français d’Andrzej Zulawski (2000). Scénario: A. Zulawski. Image: Patrick Blossier. Musique: Andrzej Korzynski. Première diffusion TV. (Accord parentable souhaitable.)
Sophie Marceau: Clélia. Pascal Greggory: Clève. Guillaume Canet: Némo. Edith Scob: Diane.
Zulawski, plutôt en forme, adapte “La Princesse de Clèves”.Le genre: kamikaze.
Après La Lettre, de Manoel de Oliveira, Andrzej Zulawski donne une nouvelle adaptation contemporaine de La Princesse de Clèves. Pourquoi réactiver aujourd’hui la question de la fidélité dans le couple comme un sujet crucial, une question de vie ou de mort? Zulawski y va franco: la fidélité à celle ou à celui qu’on a choisi(e), c’est peut-être tout ce qu’il reste de beau, de pur, de sacré, dans notre monde barbare, prosaïque et corrompu...
La «noblesse» de Mme de Clèves 2000 est ainsi proportionnelle à l’abjection de (presque) tout ce qui l’entoure. Si ce tableau furieusement chaotique de la société d’aujourd’hui fourvoie Zulawski dans des intrigues subalternes, le dilemme de l’héroïne (être fidèle ou pas) réveille chez le cinéaste des accents de mélancolie poétique qu’on ne lui avait plus connus depuis L’important, c’est d’aimer.
La Fidélité laisse ainsi une impression mitigée, mais qui n’a rien à voir avec de la tiédeur. C’est un film que l’on peut détester pendant cinq minutes et admirer les cinq suivantes. A tout moment et jusqu’au bout, on doit s’attendre à être reconquis par une intonation de Pascal Greggory, un regard noyé de Sophie Marceau, un plan, un détail, une réplique... Zulawski a l’art des fulgurances précaires.
Louis Guichard