

NOIRET MARCEAU D'ARTAGNAN
père et fille
Aussi intrépide que son illustre papa, (Philippe Noiret) la fille de D’Artagnan est incarnée par Sophie, Marceau dans un film de Bertrand Tavernier.
Dès le mois d’août dans les stations balnéaires, l’occasion de retrouvailles sympathiques avec la cape et l’épée.
Une fille de d’Artagnan, il fallait y penser! Même Dumas, qui a pourtant pris de sacrés libertés avec l’histoire, n’avait jamais imaginé une progéniture au bouillant Gascon. Pourtant c’est ce qu’a inventé Riccardo Freda, au grand plaisir de Bertrand Tavernier. Cinéphile averti, ce dernier admire depuis longtemps Freda sur lequel il prépare un livre. Il décide donc de se lancer dans la production de cette
Fille de d’Artagnan pour le cinéaste italien, âgé de 85 ans. Auteur de
Maciste aux enfers et de Théodora, impératrice de Byzance, il a connu son heure de gloire dans les années 50 et 60 avec son style péplum d’un kitsch inimitable. Il y a quarante-cinq ans, Freda avait déjà tourné un
Fils de d’Artagnan en italien. Il lui suffisait donc de réadapter cette histoire: le jeune homme enfermé chez les Pères devient une fraîche jeune fille élevée dans un couvent. Adapté par Bertrand Tavernier, le scénario prend une nouvelle tournure, avec Sophie Marceau en fille de Gascon et Philippe Noiret en d’Artagnan grisonnant.
Mais ce glorieux projet a bien failli ne jamais paraître sur les écrans. Le tournage commence mal: Freda n’a pas tourné depuis plus de vingt ans, et la taille du projet le dépasse. Bertrand Tavernier reprend alors l’ouvrage au pied levé, d’autant plus facilement qu’il a collaboré au scénario et au choix de la distribution. “Riccardo Freda, je le connais depuis les années
60, explique Bertrand Tavernier, depuis la découverte de son superbe film Le Château des amants maudits.
J’ai été son attaché de presse pour Roger la honte, puis coscénariste dans Coplan ouvre le feu à Mexico
qui fut mon premier travail de scénariste. Dans La Passion Béatrice, il a tourné quelques plans et je lui ai dédié le film. Malheureusement il a eu un coup de fatigue qui m’a propulsé à la tête de ce film.”
Sophie Marceau, alias Eloïse d’Artagnan, vient secouer son vieux père, le sortir de ses minables cours d’escrime pour venger l’assassinat de la mère supérieure de son couvent. Aussi intrépide que charmeuse, digne fille de son père, elle chausse des bottes et s’improvise mousquetaire en jupons. Bertrand Tavernier, lui, prend la relève de Riccardo Freda, renoue avec la cape et l’épée et le cinéma d’autrefois. Il devient ainsi le digne successeur de tout un cinéma populaire, l’héritier de Fanfan la tulipe et de Caroline chérie, sous le parrainage d’Alexandre Dumas, qui se retrouve lui aussi l’un des pères de
La Fille de d’Artagnan.
“Dumas est mon auteur de chevet, confie Bertrand Tavernier. J’ai lu des dizaines de ses romans mais aussi ses livres de cuisine et ses Mémoires. Dans la série des mousquetaires, mon préféré est Le Vicomte de Bragetonne,
un des grands romans méconnus de Dumas. Il est plus grave et compte moins de péripéties mais exprime le Dumas que l’on découvre plus tard. C’est une mine de sujets dramatiques. En France on a tous les décors possibles pour les réaliser. J’ai souvent voulu
l'adapter au cinéma en me demandant si cela ferait sérieux. Quand j’ai tourné Que la fête commence,
ce devait être au départ une adaptation de Dumas. Aujourd’hui, je referme la
boucle.“ Eloïse, héroïne dumassienne n’écoutant que ses bons sentiments, rallie à elle le clan des “bons” et croit déjouer un complot contre son roi.
Dans son sillage, elle entraîne son père. Celui-ci aimerait bien empêcher sa fille de courir tant de dangers. “Eloïse c'est quelqu'un
!, s’exclame Sophie Marceau. On ne peut pas s‘empêcher de penser à Fanfan la tulipe.
Elle est un personnage moteur qui entraîne toute l’action. J’aime le côté romanesque du film même si l’histoire est complètement burlesque. Et cette langue fleurie, si belle, est un vrai plaisir à travailler. Je n‘avais jamais lu Dumas avant de commencer le tournage. Depuis je me suis
rattrapée.”
D’Artagnan, quant à lui, est accompagné de son inséparable Planchet (l’irrésistible Jean-Paul Roussillon). Bientôt Aramis (Samy Frey), Porthos (Raoul Billerey) viennent grossir les rangs. Du côté des méchants, figure le cardinal Mazarin, incarné par un acteur de théâtre italien, Luigi Proietti, qui lui prête son accent chantant et sa drôlerie. Claude Rich compose un savoureux duc de Crassac, autour duquel tourne le complot. Avide de pouvoir, comploteur, trafiquant, fourbe et cruel, on lui pardonne juste sa passion pour les femmes. La belle Eloïse lui fera perdre la tête, au grand dam de la Femme en rouge (Charlotte Kady), sa maîtresse officielle qui partage le même goût que lui pour l’argent.
Parmi les adversaires d’Eloïse, citons aussi Athos, le plus sombre des mousquetaires, joué par Jean-Luc Bideau (comédien suisse, sociétaire de la Comédie-Française) qui travaille temporairement comme agent secret au service de Mazarin. “Dumas aurait adoré cette rencontre“, s’enthousiasme Bertrand Tavernier. La scène a de quoi séduire: Athos, enfermé par le duc de Crassac dans un château, descend le long de la muraille pour s’enfuir. D’Artagnan, Porthos et Aramis, à la recherche d’Eloïse qui a été enlevée, grimpent le long de cette même muraille pour prendre par surprise les criminels. Ils se retrouvent l’un pendu à un drap, les autres cramponnés aux pierres. Cavalcades, duels, combats, cascades, poursuites à l’aube, toute la panoplie est réunie. Ce qui ne fut pas sans risque pour les comédiens.
“Sophie Marceau: une vraie risque-tout”
“J‘étais déjà montée à cheval au cinéma dans Les Chouans et dans La Note bleue, se remémore Sophie Marceau.
Ce n’est pas du tout la même chose que de faire une balade équestre pour son plaisir. C’est la meilleure façon d‘apprendre, de façon intensive. Les cascades je les ai toutes faites, mais je suis tombée deux fois, très sérieusement et après je n‘ai pas retourné ces scènes.” D’après Tavernier, Sophie Marceau est “une vraie risque-tout. Elle fait preuve d’une grande exigeance et nous a fait très peur en tombant. Au départ, je voulais supprimer les cascades prévues par Freda. Je ne croyais pas en être capable. Mais finalement j’ai pris un grand plaisir à les réaliser. Nous avons travaillé dans une improvisation complète et une urgence stimulante.” Selon lui, tous se sont beaucoup amusés durant le tournage.
“Dumas viole l’histoire mais il lui fait de beaux enfants”, commentait Paul Morand. Freda et Tavernier violent l’histoire des mousquetaires et enfantent Eloïse. “J’aimerais que l’on revienne à ces films qui avaient de la magie, que l’on retrouve le sens de la
cocasserie, conclut Tavernier. Pour le cinéma historique, on a trop souvent tendance à évoquer la reconstitution avec condescendance. Et pourquoi ne parlerait-on pas de l’imagination comme d‘une qualité ? Mon maître Michael Powell me disait toujours: ‘Fais des films où ta caméra rêve !“
Caroline Jurgenson
Vive l’aventure
Les films de cape et d’épée connaissent toujours le même engouement Ce que l’on savourait autrefois dans les cinémas de quartier est devenu un événement cinématographique fort prisé. Aujourd’hui, la tendance est au sérieux historique après le frivole en costume. On potasse l’histoire de Franco et Alexandre Dumas. On ne se lasse pas de
Fanfan la tulipe du réalisateur Christian Jaque avec le bondissant Gérard Philipe mais Roger Planchon réalise le très sérieux
Louis l’enfant-roi. La télévision rediffuse avec succès Caroline chérie mais Jacques Rivette tourne en deux longues parties l’austère
Jeanne la Pucelle. Cyrano de Bergerac s‘équilibre astucieusement entre drame et comédie. Que dire d’Angélique, marquise des
Anges? Certes Anne et Serge Golon n’arrivent pas à la cheville de Dumas père, mais cette héroïne moderne reste une des grandes figures féminines du cinéma romanesque. Et
La Fille de D’Artagnan est bien sa cousine, bravant tous les dangers, aussi élégant en pantalon qu’en robe, mais avec la passion amoureuse en moins.
Des mousquetaires par dizaines
Les romans d’Alexandre Dumas représentent une véritable mine d’or où le septième art vient puiser. Depuis la version réalisée en 1921 par Henri Diamant-Berger, on compte une dizaine de petits mousquetaires dans la nature. Même Gene Kelly revêtit le pourpoint dans la mise en scène de George Sidney, en 1948. Quelques années plus tard, André Hunebelle, sur un scénario de Michel Audiard, réunit sans grand éclat Georges Marchal, Gino Cervi, Jean Martinelli et Jacques François. A noter cependant la présence de Bourvil dans le rôle de Planchet. Bernard Borderie se mit aussi sur les rangs avec une Milady ayant les traits de Mylène Demongeot. En 1973, la 20th Century Fox se lançait dans une super production de Richard Lester. Plus de dix ans après, celui-ci retrouvait toute sa petite troupe pour Le Retour des mousquetaires. Philippe Noiret y incarnait Mazarin...
Sortie le 10 août 1994 dans les stations balnéaires et le 24 août (ou le 31) dans le reste de la France.